mardi 13 décembre 2016

Dominique Maisons sous le feu des questions

Les questions du Boss.

N'y a-t-il que du plaisir, dans l'écriture, ou t'est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
  • Je souffre tous les jours quand j’écris, malheureusement, les moments de plaisir sont toujours précédés par la douleur du labeur. Rien n’est gratuit, et pour se sentir libre et léger sur la feuille de papier, il faut soulever beaucoup de fonte documentaire et s’user les jointures sur des dictionnaires.

2- Qu'est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
  • La liberté que cela permet, la feuille blanche est un des derniers endroits où on peut faire ce que l’on veut, quand on le veut… c’est précieux.

3- Comme on le constate aujourd'hui, tout le monde écrit ou veut s'y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l'épicier, ta voisine... de plus, des sites proposant des services d'auto-édition pullulent sur le net. Ça t'inspire quoi ?
  • Le soleil brille pour tout le monde… mais les ebook auto(non)édités qui pullulent sur Amazon sont hélas souvent de la merdasse noire… Il faut un peu de respect pour le lecteur et pour la langue, sortir des trucs aussi épouvantables est parfois un peu injurieux pour ceux qui tombent dessus.

4- Le numérique, le support d'internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l'édition. Que penses-tu de ce changement ?
  • Voir plus haut… J’ai envie de dire que la liberté va avec la responsabilité et que la facilité n’excuse pas tout. On voit passer de sacrés bouses… mais on est dans un monde où tout le monde croit au conte de fées et à la notoriété qui tombe du ciel… La figure de l’écrivain est désacralisée, il ne reste que l’illusion de la célébrité, certains écrivent comme ils jouent au loto. C’est un peu triste, mais il y a bien pire.

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l'éditeur de façon significative. Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d'autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
  • Oui, bien sûr. Les réseaux sociaux sont un formidable outil d’information, de communication, de découverte. Il faut en user avec courtoisie et originalité. Il ne faut pas non plus se transformer en spammeur fou, en bateleur de foire, et VRP monomaniaque de soi-même. Si on garde son égo dans sa poche, les réseaux sociaux sont un formidable outil de dialogue et de découverte.

6- On dit qu'en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N'est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
  • Creuser patiemment son sillon, ne pas attendre le grand jour et être fier de ce qu’on fait. Il faut de la patience, du labeur et du talent. Le monde de l’édition ce n’est pas « La Nouvelle star », on peut écrire toute une vie sans gagner sa vie en le faisant et en gardant un lectorat restreint. Baudelaire est mort dans la misère, rien n’est dû. Si on n’est pas prêt à accepter ça, il vaut mieux faire autre chose.

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l'objet d'une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu'en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
  • Pragmatique, amicale, sereine. Je suis un mec simple et assez facile à gérer, tout baigne…pas besoin de psy. Mais j’ai la chance d’avoir une éditrice formidable. (bisous Marie !)

8- J'ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s'en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'univers du polar. Grâce au Trophée, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies.Quelles réflexions cela t'inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • C’est cool, on peut draguer sur les salons et ça sent moins la chaussette !
    Sinon, plus sérieusement, je n’aime pas me livrer à des dissertations sur ce qui est féminin ou
    ce qui ne l’est pas. Les femmes sont des auteurs comme les autres. Si elles écrivaient peu de polar avant, c’est parce que les éditeurs (et les lecteurs) étaient d’épouvantables sexistes (elles n’avaient pas non plus le droit de vote…). J’en ai une ribambelle dans ma bibliothèque et j’en suis très content ! (Sandra Martineau, Claire Favan, Armelle Carbonel, Julie Ewa, Megan Miranda, Laura Kashishke, Joyce Carol Oates, Gaelle Perrin Guillet… et beaucoup d’autres !)

9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • Pour me sortir de ma misère affective, mon psy m’a dit qu’il fallait que j’aille vers les autres…Tu veux être mon copain, dis ?

Les questions de Mme Louloute.


1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l'écriture reste-t-il une place ?
  • Pas assez grande, mais quand on veut, on peut, nom de Dieu !

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • On peut parfois être perturbé parce qu’on écrit, il faut avoir des racines solides pour ne pas se laisser emporter, c’est vrai.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu'on va ?

  • L’abondance de biens ne nuit pas ! Faites votre choix !

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t'écoute.
  • Laetitia ou la fin des hommes d’Ivan Jablonka, un livre que tout auteur de polar devrait lire pour ne pas perdre de vue la décence et le respect dont on doit faire preuve quand on s’attaque aux crimes et aux faits divers… Marre de ces livres qui glorifient des serial killers et qui transforment (au mépris des victimes) des abrutis paumés et meurtriers en génies du crime médiatisés…

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Naaaan, j’ai essayé, on peut !

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • La littérature c’est mille vies à portée de main.

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?

  • Aide à mieux vivre !

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d'une dédicace, d'une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • Un salon passé aux côtés de Guy Montagné, à qui chacun de ses visiteurs demandait de raconter une blague… Il a raconté environ 50 fois la même blague dans la journée. J’aurais pu m’immoler sur mon stand si je l’avais entendue une seule fois de plus…


Nous te remercions d'avoir répondu à nos questions et d'être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym'us.


















vendredi 9 décembre 2016

Nouvelle N°14 : La place du tueur


LUNDI
La routine grignote déjà le capital des fêtes de fin d’année.
Adieu guirlandes et cotillons. Bonjour le stress.
L’hiver s’épanche en flocons paresseux. La cohorte des passagers se rue sur le quai de gare en une masse compacte. L’immuable rituel matinal entraîne invectives et bousculades auxquelles Oriane ne prête qu’une attention distraite. Détachée de la foule, elle feuillette son carnet de notes comme on entame un long voyage. Les idées jetées pêle-mêle mènent-elles quelque part ?
Une bourrasque éparpille ses pensées confuses. Le train pointe le bout de son museau métallique. Destination Paris, capitale de lumière. Et de misère.
Oriane laisse une dizaine de petits bonshommes emmitouflés s’engouffrer dans le wagon. Attaché-case et parapluies se disputent l’espace disponible. Elle force le passage. Comme chaque matin. Elle s’attarde sur les mines attristées par des récits de voyage conjugués en dépit de retours. La féérie de Noël s’éloigne déjà sous le brouillard des jours sombres.
Oriane observe les gens, tire ses fantasmes à la source du vivier humain. Les imperfections façonnent la muse d’un auteur en devenir. Elle y croit dur comme fer, à son rêve…
Le train prend de l’allure, met en perpétuel mouvement le paysage bétonné défilant derrière les lucarnes sales. Oriane dévisage son reflet sur les vitres du rail. Elle se fond à la horde de zombies en arrière-plan, avec la même absence dans le regard, les mêmes gestes articulés par habitude, la même existence robotisée. Et un but commun : atteindre son lieu de travail sans dommage ni intérêt.
Elle entrevoit mentalement la somme inscrite au bas de sa fiche de paie. Maudit le salaire misérable qu’elle dilapidera au gré de ses pérégrinations en librairie. S’évader par procuration, diluer un morne quotidien à l’ivresse des mots, c’est tout ce qui lui reste. Nourrir un plaisir indécent à côtoyer des journées remplies de petits riens. Et soudain, voir briller une étincelle au bout du tunnel. Le fol espoir de trouver l’inspiration sur des visages inconnus croisés dans l’abondance d’effluves acides, se délecter des situations sordides animant les passagers tels des pantins.
Alors elle crayonne. Rature. Retranscrit…
Ses ressentis, ses craintes, sa lassitude. Compose avec ce théâtre à taille humaine revisité quotidiennement.
Le temps n’a soudain plus de prise, lui qui s’accroche pourtant si souvent à la monotonie.
Une voix enregistrée annonce la prochaine station. La sienne ! L’alarme hurle tandis qu’Oriane s’épuise à repousser les retardataires qui la bousculent pour prendre sa place. Elle s’éjecte entre deux portes, au risque d’y perdre un bras ; fait volte-face, mâchoires serrées sur un flot d’injures.
Le train redémarre dans un fracas assourdissant.
C’est alors qu’elle l’entraperçoit…


MARDI
Le train accuse vingt minutes de retard.
Colis suspect en ligne de mire. Fausse alerte. On s’agglutine. On soupire, exaspéré. On redémarre. On rumine déjà de plates excuses adressées à un patron conservant en permanence le doigt posé sur la touche eject.
Oriane scrute l’entourage asocial, se fond dans l’agitation d’une foule nerveuse pour entamer le chapitre de sa journée.
Un homme plaque son corps massif contre le sien. Un courant électrique lui transperce le dos. L’odeur entêtante d’un parfum bon marché flotte sur ses épaules rentrées. Oriane déplie lentement son bras et décoche un coup de coude au niveau du plexus de l’inconnu. Réflexe défensif efficace. Autour d’elle, un nouvel espace se crée. Un espace de créativité ouvert sur les abîmes inscrits en filigrane de ses envies : l’intention d’explorer la noirceur à travers l’écriture de romans policiers. Un rêve osé. Alors elle ose.
Elle scrute les visages, pour oublier le sien.
Décortique leurs mimiques et leur invente une vie, pour oublier la sienne.
Détaille mentalement les costumes de ces humains taillés en portemanteaux.
Face à elle, un gamin en tenue de sport agite la tête au rythme des vociférations émises à travers ses écouteurs. Bruits de casseroles et de voix éraillées. Âge approximatif, quinze ans. Trop jeune pour incarner un protagoniste sanguinaire. La sauce ne prend pas. Oriane détourne le regard.
Rayé de la liste.
Elle s’intéresse à la femme sophistiquée, placée légèrement en retrait. La chaleur dans le wagon dilue déjà son maquillage outrancier. Le regard vague, elle vogue, loin, si loin que rien ne semble l’émouvoir. Pas même l’enfant souillon recroquevillé dans les bras d’une mère sans sourire. Un pur cliché.
Rayés de la liste.
Oriane désespère. Aucun déclencheur visuel dans le spectre restreint de son imaginaire. Pas même une rixe pour la soustraire à l’ennui.
Une main noueuse traverse l’horizon et agrippe la barre transversale. Oriane s’écarte légèrement. Elle focalise son attention sur le serpent tatoué qui s’enroule autour du poignet et remonte dans le prolongement de l’avant-bras. Un rictus de dégoût déforme son minois tandis qu’elle s’éloigne de la bête.
Oriane pourchasse l’inspiration. Réitère, station après station.
C’est alors qu’elle l’aperçoit… Seul, au milieu de ceux qui l’ignorent.
Elle voudrait tant le retenir !
Trop tard. La machine infernale repart. En criant.


MERCREDI
Jour des enfants.
Oriane n’en veut pas. Les marmots, ça braille tout le temps, dixit maman.
Les propos tenus par sa défunte mère témoignaient d’un amour forcé. De quoi ravager l’esprit d’une gamine… et la rendre accro à l’échappatoire dévastatrice des mots.
Cependant, l’avantage du mercredi tient justement à ces génitrices qui désertent les transports pour s’occuper de leur foyer. La fréquentation est moins dense sans toutefois modifier l’air irrespirable des souterrains.
Le confinement l’asphyxie sous une profusion de fragrances contraires. Cependant, Oriane s’offre le luxe de déambuler dans le wagon, slalome entre les sièges occupés, étouffée par la détresse de la page blanche.
C’est alors qu’elle le voit.
Replié sur lui-même. Ignorés de tous. Y compris par la femme enceinte à qui personne ne daigne céder la place.
Oriane s’approche de lui. L’effleure du bout des doigts, explore la texture râpeuse du tissu mauve. À son contact, les idées affluent, la submergent. Un orgasme de mots déclenché par la vision anodine d’un strapontin vacant.
Étrangement, personne ne s’attarde sur son utilité – soulager les membres inférieurs d’une station debout prolongée –. Elle se met à concevoir un improbable scénario autour de cet emplacement inanimé. La trame d’une sombre histoire se dessine. Oriane frissonne. Un octogénaire lorgne dans sa direction avant de se rétracter. Elle soupire bruyamment, éveillant l’intérêt d’une fillette haute comme trois pommes. Un sourire grimaçant suffit heureusement à l’effrayer. La jolie tête blonde se niche sous les jupons de la femme qui l’accompagne.
Dans son délire, Oriane projette une intrigue imparable. Et si seuls le séant d’un prince ou celui d’un ange trouvaient grâce à ses yeux ? Mais les princes n’empruntent pas les transports en commun et les anges n’ont nul besoin de s’asseoir. Elle revoit donc sa copie, insère un marginal d’envergure pour corser son récit. Un mendiant ? Un désaxé ? Un psychopathe ! Oui ! L’option idéale pour repousser les limites de sa propre folie. De quoi noircir des pages d’un carnage sanglant.
Oriane manque louper son arrêt, se précipite hors du wagon.
Immobile sur le quai, elle sourit béatement, les images d’un massacre imprimées sur ses rétines.
Et le strapontin mauve s’efface dans l’obscurité du tunnel.


JEUDI
Il lui arrive de songer que le monde serait plus sain sans elle. Plus lumineux aussi. Est-ce la raison qui l’incite à décimer ses semblables au gré de ses écrits ?
Au final, qui se soucie du pourquoi ?
Ce qui importe, c’est comment…
Un train bondé d’innocents. Un strapontin maudit. Un loup lâché dans la bergerie. De quoi agrémenter une fiction morbide à souhait. Pas au point de remporter un prix littéraire, mais suffisamment prégnante pour susciter la curiosité d’un lecteur.
Et son plus fidèle lectorat, c’est elle-même.
Aujourd’hui, l’aube peine à se lever. Le monde, plongé dans l’humeur ouatée d’une brume insistante, vaque à ses occupations routinières. Le froid mordant cisaille ses pommettes exposées à l’air libre. La morsure ravive la colère dirigée à l’encontre de son boss. Hier, il n’a cessé de la houspiller ! À coup d’ordres contradictoires et de remarques désobligeantes. Envie de tout plaquer. Pas sans l’avoir préalablement dézingué.
Oriane regrette parfois de n’être autorisée à tuer que par procuration.
Elle ricane.
Le strapontin mauve se chargera de lui rendre justice. Non, pas lui, mais l’homme qui dépliera le battant… C’est écrit.
La jeune femme se positionne sur le quai de manière à repérer facilement la voiture concernée. Les rails vibrent. Le train approche. Elle tremble. Et si soudain tout s’arrêtait ? Si son fantasme au sujet du strapontin s’écroulait sous le poids d’une ménagère ? Pire, d’un vieillard atteint d’incontinence ? La magie cesserait d’opérer, assurément.
Reprendre son souffle.
Espérer.
Et savourer l’exaucement de son vœu.
Oriane balaie la rame d’un regard dément.
Le strapontin est là. Il l’attend. Libre. Malgré l’affluence. En dépit d’une armée de scouts scandant des devises comme on sème le bonheur sur un champ dévasté.
La jeune femme se lance dans un pari fou. Pour tuer le temps. Pour tuer, simplement. Décrire le visage du protagoniste de son histoire, sur le seul critère de l’absence ! Un psychopathe ténébreux, doté d’un regard vide et d’une mallette gonflée d’ustensiles propices à torturer. C’est ainsi qu’Oriane imagine le prochain locataire du strapontin mauve. Dans un bain d’encre, elle fait de son carnet le témoin privilégié d’un bain se sang.
Son exaltation intérieure échappe aux usagers du train.
Jusqu’à demain…


VENDREDI
Le vendredi rend heureux.
Les visages irradient à l’approche du week-end. De larges sourires s’étirent sur les faciès épris de projets insipides.
Grasse matinée. Ménage. Courses. Série TV. Sieste. Balade digestive. Et si on se faisait un ciné ? Débarquement de la belle-mère. Dispute. Réconciliation sur l’oreiller.
Une vie trépidante rythmée par l’horloge du temps. Celui qui passe. Celui qu’on fuit. Celui qu’on aimerait rattraper.
Oriane ne jouit pas du même cycle de vie.
La perspective de la solitude lui renvoie le reflet accablant de sa tristesse. Le vendredi annonce une trop longue trêve dans le maelstrom de ses aspirations. Sucer l’essence d’autrui pour la faire sienne implique de rester au contact de parfaits inconnus. Et le vendredi sonne comme la veillée d’un deuil qui ne prendra fin que le lundi suivant.
Oriane parvient à se raisonner, jusqu’à ce qu’une ombre…
Non !
Un jeune cadre dynamique – selon l’expression consacrée – appose ses mains gantées sur son strapontin mauve. Il s’apprête à le rabattre ! Serait-ce lui, le tueur de son récit ?
Pas maintenant ! Par pitié, laissez-moi encore rêver !
Soudain, une voix féminine retentit à l’autre bout du wagon.
L’homme se retourne, esquisse un sourire suffisant et d’un geste dédaigneux, abandonne le strapontin qu’il convoitait.
La place reste vacante jusqu’à Chatelet-les-Halles. C’est tout ce qu’elle demande. Et c’est tout ce qu’elle obtiendra.


SAMEDI
Sa tour H.L.M file le vertige.
Neuvième étage sans ascenseur. Inutile de s’inscrire à une salle de sport. De toute façon, Oriane préfère de loin s’entourer de livres et de cahiers.
Pour la première fois depuis des jours, la sonnerie du téléphone retentit dans l’espace exigu de son studio.
Intriguée par ce bruit incongru, Oriane décroche le combiné.
— Allo ?
Une moue hésitante fige ses traits fatigués par l’inaction.
— Oh, c’est toi… Non, tout va bien. Ce soir ? Le concert de qui ? Connais pas. Tu as épluché le bottin avant de te résigner à m’appeler ? Non, je ne suis pas rancunière. Tu es ma sœur. Je suppose que ça implique des compromis. Oui… d’accord ! Je te rejoins là-bas. Vingt heures, j’ai compris ! Non, je ne serai pas en retard ! Pourquoi faut-il toujours que tu t’adresses à moi comme à une arriérée ! Mais, je suis parfaitement calme. Un peu sous pression peut-être… Mon agenda est bouclé sur plusieurs semaines. Tu as de la chance, tu sais ! À ce soir, alors. Oui, je t’aime aussi…


Oriane délaisse son remplissage intellectuel. Elle a cessé de compter les jours durant lesquels sa sœur a brillé par son absence. Elle en a même occulté son existence.
Jusqu’à ce soir.
Il est dix-neuf heures quand Oriane saute dans le train.
Les portes se referment aussitôt derrière elle.
La nuit jette un voile obscur. Subitement, tout semble si différent. À commencer par le silence. D’ordinaire, les rames ne s’engorgent-elles pas un samedi soir ? À croire que la vie sociale s’est arrêtée au moment où la sienne commence à peine…
Personne dans le wagon.
Oriane prend le temps de choisir sa place. Elle s’en amuse. Vérifie les plis de son chemisier blanc qu’elle ne sort du placard qu’une fois l’an. Redécouvre l’art d’être vivante. Quelqu’un l’attend au bout de la ligne. Sa sœur. C’est un peu comme se glisser dans la peau d’une autre. La sensation est grisante. Peut-être rencontrera-t-elle l’amour dans une fosse matraquée par les décibels ? Qui peut savoir ce que dissimule l’imprévu ? À fortiori quand l’imprévu porte le nom d’un chanteur qui lui est inconnu – Justin Bieber, a cru bon de préciser sœurette.
Oriane tire un livre d’un fourre-tout élimé et entame sa lecture. Envoûtée par l’atmosphère magnifiquement instillée par l’auteur, la jeune femme en oublie sa présence solitaire au sein du wagon. Elle plonge littéralement dans Le Festin des Fauves et s’y perd avec délectation.
Une station plus tard, personne d’autre dans la rame.
Deux stations, le désert. Toujours.
Troisième station. Un homme.
Un homme au regard vide.
Un homme constatant l’absence d’autres hommes.
Un homme assis sur le strapontin mauve.


Il n’y aura pas de dimanche.



mardi 6 décembre 2016

Florence Medina sous le feu des questions

Les questions du Boss.


1- N'y a-t-il que du plaisir, dans l'écriture, ou t'est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?
  • C'est plutôt quand je n'écris pas que je suis en vrac. Cela dit, j'ai écrit un truc qui m'a rendue malade une fois.



2- Qu'est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?
  • Dans Arab Jazz, Karim Miské dit d'un de ses personnages qu'il « s'oublier en absorbant l’entièreté du monde dans un récit ininterrompu écrit par d'autres. » Je suis comme ça avec les livres, les films, les séries, et puisque ça ne me suffit pas, j'écris pour barboter encore et toujours dans du récit.


3- Comme on le constate aujourd'hui, tout le monde écrit ou veut s'y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l'épicier, ta voisine... de plus, des sites proposant des services d'auto-édition pullulent sur le net. Ça t'inspire quoi ?
  • Pas grand chose.


4- Le numérique, le support d'internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l'édition. Que penses-tu de ce changement ?
  • Je n'ai pas encore essayé, que ce soit comme auteur ou comme lectrice...


5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l'éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d'autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?
  • Hum... Je fais partie des 5 non édités, alors mon actualité... Dans d'autres domaines, il m'est arrivé d'avoir à me vendre, à promouvoir des choses auxquelles je participais. Une catastrophe. Et une corvée. Quelques années plus tard, je l'ai fait pour des projets qui n'étaient pas les miens, pour donner un coup de main. Soudain, je décrochais un RV par coup de fil et j'ai même obtenu des subventions. C'est plus facile de vendre les copains que de se vendre soi-même.



6- On dit qu'en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N'est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?
  • Il semblerait que je ne sois pas sortie de l'auberge...


7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l'objet d'une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu'en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.
  • Mon statut de « non édité » n'a malheureusement pas bougé d'un poil depuis la question 5... Pour le moment, c'est en mode « Je t'aime, moi non plus. »


8- J'ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s'en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'univers du polar. Grâce au Trophée, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t'inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?
  • Euh... je ne pense pas à ça quand je chope un livre. Mais puisqu'on parle « filles », j'aime bien Manotti, Langaney, Vargas, Marpeau. J.C. Oates aussi, parfois. Il y a très très longtemps, j'ai commencé avec Agatha Christie. Et là, la dernière en date que j'ai découverte, c'est Maud Mayeras.


9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • Pourquoi met-on les doigts dans la prise ?

Il m'a semblé que c'était l'occasion d'écrire, de se faire des potes et de se marrer. Et puis, c'est Anouk qui nous a présentés, alors... Mais bon, depuis, il m'arrive de penser que j'aurais pu/dû rester peinarde dans mon coin.

Les questions de Mme Louloute.

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l'écriture reste-t-il une place ?
  • J'ai barré les mentions inutiles. Parfois, partir bosser le matin est un crève-cœur parce que j'ai envie de rester écrire, mais en fait, le travail est une respiration salutaire dans l'écriture. Ne le dites pas à ma patronne, elle croit que c'est l'inverse...



2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • Ben oui, justement.


3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu'on va ?
  • Où tu veux, du moment qu'il y a la mer...



4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t'écoute.
  • Avant la nuit, de Reinaldo Arenas.
  • Habibi, de Craig Thompson.


5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Même pas.


6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • Lequel ? Noir ? Blanc ? Rose ?


7- Lire aide à vivre. Et écrire ?
  • Complique un peu, parfois. Mais aussi démange, fait décoller, fait chier, décuple les capacités respiratoires...



8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d'une dédicace, d'une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?
  • Ben, non, rien, à part que je squatte Lamballe et Noir sur la Ville (et ses organisateurs, et pas que pendant le festival...) depuis que j'y ai gagné un concours de nouvelles en 2014.



Nous te remercions d'avoir répondu à nos questions et d'être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym'us.

  • Merci aussi. Au plaisir de vous voir « peau », comme disent les sourds !

vendredi 2 décembre 2016

Deux courses, un sprint final

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 Pour gagner une course de fond, il ne s’agit pas de caracoler en tête sur les trois quarts du parcours. Seule compte l’arrivée, où l’on doit tout faire pour être le premier à la franchir.

Pierre Doyel le savait comme personne. Des mois de travail acharné pour se maintenir au sommet, et qu’il devrait peut-être balayer d’ici quelques instants. À l’abri de la foule, dans son bureau aux murs lambrissés, il n’avait accepté que la présence de ses plus proches collaborateurs. La pression et les enjeux étaient énormes. Stéphanie, qui partageait sa vie depuis plus de vingt ans, tenait sa main en posant sur lui un regard inquiet. En dehors d’elle, personne ne savait à quel point les minutes à venir seraient décisives. Une vraie question de vie ou de mort.

Tout allait se jouer dans les minutes à venir. Décisives au point d’aboutir à la vie comme à la mort. Phares éteints et moteur arrêté, Luc laissa la voiture glisser sur la pente douce du chemin. Sur leur passage, les pneus arrachaient les graviers figés par le gel, produisant un crissement qui paraissait assourdissant aux trois autres passagers. Tous devaient être prêts à tous les sacrifices. Sauf celui d’échouer dans leur mission. À bonne distance d’une bâtisse dont les contours sombres se découpaient dans la nuit, ils sortirent de l’habitacle en prenant soin d’éteindre le plafonnier et sans refermer les portières. Luc couvrit son visage avec la cagoule qu’il avait relevée sur son front et sortit son arme du coffre, dont il ôta la sécurité.
— Il faut y aller, dit l’un des hommes.
Le corps courbé vers le sol, Luc opina du chef et ouvrit la marche vers la maison.


— Il faut y aller, Pierre. On est déjà en retard.
Les yeux rivés dans les siens, Marc Langin attendait qu’il bouge enfin. Doyel soupira, opina du chef et se leva, quittant à regret les bras de sa femme. Comme un automate, il ajusta sa cravate, enfila une veste sombre et se jaugea dans un miroir. Sans sévérité, ni complaisance, il examina avec une objectivité nouvelle chaque détail de son visage. 52 ans depuis trois mois. Il semblait ce soir en avoir dix de plus. De l’index, il étira avec amertume les rides qui s’accumulaient au coin de ses yeux. Mais cette fois-ci, l’âge avait peu de prise sur lui, comparé à ce qui le tourmentait. En quelques semaines, le fringant quinquagénaire qu’il se targuait de présenter au monde avait laissé la place à un vieux surmené et sous pression. D’un signe muet, il interrogea Stéphanie, qui consulta leurs deux téléphones avant de secouer la tête.
In petto, il enragea. Ce silence n’était pas normal. Il devait gagner un peu de temps avant d’engager la suite. Sur une console, un plateau contenait plusieurs boissons. Il s’empara d’un soda qu’il secoua discrètement. Une liasse de papiers dans les mains, Marc s’approcha de lui au pas de course. Pierre attendit qu’il soit assez proche pour décapsuler la cannette, qui projeta son contenu autant sur les feuilles, que sur son costume. Assez pour rendre les premières inutilisables et le second bon à jeter dans un panier de linge sale.
— C’est pas vrai ! pesta Pierre en reposant la cannette sur le bord du plateau, d’où elle ne tarda pas à tomber sur le sol en tapissant sa paire d’Armani des quelques centilitres restants à l’intérieur.
— Et merde ! Il fallait que ça arrive au pire moment. Va te changer, je vais faire imprimer une autre copie de tout ça, siffla Marc en jetant dans une corbeille les feuilles dégoulinantes.
— Je suis sur les nerfs, désolé.
— On l’est tous. Allez, file ! Et accélère un peu ! Notre retard est abyssal. Et tu sais combien je n’aime pas les imprévus.


— Bon sang que je déteste les imprévus et découvrir des éléments sur le terrain, murmura Éric, le second de Luc. Regarde-moi ça, dit-il en lui tendant ses jumelles à vision nocturne.
Luc s’en empara et jura lui aussi :
— Il y a au moins trois hommes qui montent la garde dehors ! Et vise-moi ces Kalachnikovs... J’ai l’impression aussi que l’un d’eux a des grenades à sa ceinture. Je vais dire un mot en rentrant à celui qui s’est occupé de la reconnaissance. Tout le contraire de ce qui nous a été présenté. Cette baraque est mieux défendue que la Banque Centrale. On ne sait même pas combien ils sont derrière la porte.
— On fait quoi ? On annule ?
— Impossible. Tout doit être terminé ce soir. On va faire ce pour quoi on est si bien payés : s’adapter, et agir en conséquence. C’est tout.
Luc se retourna vers les autres membres de leur équipée :
— Changement de programme : on neutralise d’abord les trois types dehors avant de s’engager à l’intérieur. Neutralisation silencieuse et simultanée, il va sans dire. Si l’un d’entre eux alerte les copains de la maison, on est cuits. Éric, le gars sur la terrasse est pour toi. JP, tu t’occupes de celui placé près du portail et le dernier est pour Phil. Pendant ce temps, on couvre vos arrières avec Séb. Arrivés devant l’entrée, on ne change rien au plan initial : JP coupe le jus, Éric fait péter la porte et les autres font le ménage, pièce par pièce. Jusqu’à trouver la cible.
Tous acquiescèrent en silence, mirent en place leurs lunettes à vision nocturne et se dispersèrent dans le noir. Luc attendit quelques secondes avec Séb avant de les suivre. Leurs silhouettes se diluaient dans la nuit et glissaient le long du chemin, en direction de la propriété. Quelques dizaines de mètres encore et les trois hommes disparurent à travers les haies ou les frondaisons du bosquet qui bordait les alentours. Luc n’eut pas besoin de les voir pour savoir comment ils allaient fondre sur leurs proies respectives. Cela faisait des années que l’équipe avait été constituée, sans grand changement majeur. À chaque fois pourtant, ils ne se laissaient pas déborder par les dangers de l’habitude. Luc était saisi par la même angoisse dans les instants qui précédaient une opération. Parce que rien n’est jamais écrit d’avance. Parce que le moindre grain de sable peut venir gripper la mécanique la mieux huilée.


En finissant de nouer sa cravate, Pierre Doyel maudissait le grain de sable qui venait détruire à lui seul sa vie entière. Il serra les dents pour ne pas exploser lorsque des coups impatients furent frappés à la porte de son bureau.
— Ouais ?! siffla-t-il d’un ton sec. J’arrive !
— Prends ton temps, surtout. Ce n’est pas comme si tu jouais un mandat, entendit-il de l’autre côté de la porte.
— Et toi ton poste de directeur de campagne ! cria-t-il pour toute réponse.
Des pas furibards, surmontés de jurons inintelligibles, se firent entendre decrescendo dans le couloir. Marc était un collaborateur dévoué et efficace, mais si pénible parfois.
— Il n’a pas tort, renchérit Stéphanie avec calme en ajustant son col. Je sais que c’est difficile, dans notre condition, mais tu ne pourras pas repousser le moment d’y aller. Ils attendent tous, dehors.
— Et si on nous appelle ?
— Je répondrais à ta place et je m’arrangerais pour te faire signe. Ou tu profites de l’intervention des autres pour venir aux nouvelles. De toute façon, on n’a pas vraiment le choix.
Elle le devança jusqu’à la porte, dont elle ouvrit les deux battants pour le laisser passer. Dans le couloir, sa garde rapprochée était postée de part et d’autre des murs lambrissés, comme pour une haie d’honneur. Au passage, et malgré la tension intérieure qui le tenait, il offrit à chacun un sourire, que beaucoup lui rendirent. Bon dernier sur la file, Langin lui tendit une nouvelle copie du discours qu’il lui avait préparé, et dont Doyel connaissait les moindres paragraphes par cœur.
Il se remémora les mois écoulés. Porté aux nues à son arrivée comme ministre des Finances, la foule l’avait conspué ensuite. Il se croyait plus fort que tout le soir de sa nomination, comme mû par une force nouvelle qui lui ferait accomplir des miracles. Lors de la passation de pouvoir, il avait toisé avec condescendance le vieil homme usé qui le précédait.
Pourtant, dès le début, deux réformes mal acceptées avaient eu raison de sa foi en lui, massacrée sous les insultes des masses populaires descendues dans les rues. L’appareil législatif lui avait permis de passer en force ces textes. Après cela, sa côte d’impopularité battait des records sans précédent. Son poste n’avait d’ailleurs pas résisté au premier remaniement venu.
Opposé à un gouvernement plus isolé encore, le temps avait fait son œuvre et il regagnait peu à peu les faveurs de la population. En face, une ou deux voix commençaient tout de même à se faire entendre. Et d’un murmure de quelques lignes dans des canards sans importance, on était arrivé à un vacarme insupportable dans les plus grands quotidiens du pays. Jean-Philippe Girard était le plus virulent contre sa campagne. Le plus séduisant pour les masses, aussi. L’ancien médecin de province, amateur de grimpe, avait peu à peu gravi les échelons de la montagne politique du pays pour espérer aujourd’hui en chatouiller le sommet. Les sondages les donnaient au coude à coude pour le premier tour des présidentielles. Ce qui avait été le terreau propice à l’enlèvement, pensa-t-il avec amertume en poussant la porte ouvrant sur la meute de journalistes de sa conférence de presse. Il se força à sourire avec difficulté, en montant sur l’estrade.
— Bonjour à tous. C’est moi que vous attendiez ? Je le dis tout de suite : il ne fallait pas croire les ragots. Madonna ne viendra pas chanter à la fin…
Les éclats de rire du public ne firent pas baisser sa tension interne. Il croisa le regard de Stéphanie, de l’autre côté de la salle. Inquiète, elle gardait les mains crispées sur son téléphone portable. Oui, pensa-t-il encore avant de commencer son discours, personne ici ne peut imaginer qu’une vie est en jeu, à cause de ce cinquante/cinquante.


— Je dirai fifty/fifty, selon moi. Nos chances sont minces, sans renseignements fiables.
— Éric… On n’a plus le choix, dit Luc en désignant les gardes à terre d’un geste circulaire. D’ici quelques minutes l’alerte sera donnée. Alors, on ouvre cette porte et on fonce.
Un sourire dévoila les dents d’Éric, sous les pâles rayons de lune qui frappaient la campagne.
— T’inquiète, ma poule. C’était purement rhétorique. Je te suivrai même dans une mission suicide.
Luc lui tapota l’épaule et lança le signal convenu pour faire couper le courant. L’assaut démarra après l’extinction. Dans la seconde, Éric ouvrit la porte et lança à l’intérieur une grenade flash dont l’explosion fut suivie de cris de stupeur. Profitant de la confusion, les hommes massés de part et d’autre de l’entrée s’engouffrèrent en file indienne. L’écran de leurs lunettes renvoyait une image blafarde des lieux, balayés par les mires laser de leurs fusils d’assaut. Une silhouette menaçante apparut à l’angle du couloir qui leur faisait face. Une balle vint le terrasser avant qu’il ne puisse tirer dans leur direction. Les renseignements étaient au moins bons sur la disposition des pièces. Sur la gauche, une cuisine, dans laquelle Luc pénétra en neutralisant rapidement les deux hommes qui prenaient un café une minute auparavant. Un troisième, caché derrière le réfrigérateur, ouvrit le feu au jugé. Le projectile éclata les verres posés sur une étagère à un mètre de Luc. Son adversaire n’eut pas le temps d’ajuster le tir suivant. Séb lui avait déjà envoyé une salve qui le cueillit en pleine poitrine. Les deux hommes sortirent de la pièce pour reprendre leur progression à travers la maison obscure.
— RAS dans le séjour, lança Éric en les rejoignant.
— RAS dans la chambre, dit Phil à son tour.
— Il reste l’étage. On y va.
JP resta à l’arrière pour les couvrir. Les autres montèrent l’escalier avec prudence, leurs armes braquées. À l’angle de la dernière volée, Luc observa le palier : trois portes. Il savait que celle sur la droite ouvrait sur une petite salle de bains et les deux autres sur deux chambres. Malgré l’absence d’alimentation électrique, une lumière filtrait sous le seuil de l’une d’elles. Il s’en approcha à pas de loup. Pas de bruit de l’autre côté du battant. Il inspira, releva ses lunettes à visée nocturne et ouvrit la porte avec une lenteur calculée. Il ne put s’empêcher de frémir en découvrant la scène, éclairée par un projecteur de chantier autonome.


La scène le fit frémir. Après son discours enflammé, alors qu’il était sous le feu roulant des questions des journalistes, aveuglé par les projecteurs et les flashs, il répondait comme un automate, ses pensées à mille lieues de son programme pour les élections. Quoi qu’il en soit, Langin et son équipe avaient fait un super boulot d’anticipation. Aucune des questions posées ne le prenait par surprise. Même celles sur son aventure d’un soir avec une journaliste stagiaire ou des soupçons anciens de conflit d’intérêts dans l’attribution de marchés publics avaient été prévues. Comparé à ce qui se jouait à des kilomètres de là, dans une maison de campagne, ce petit jeu ne parvenait pas à la cheville de ses soucis. Le marché était clair, il l’entendait encore claquer comme une sentence : « soit vous retirez votre candidature, soit la petite y passe ». Encore quelques minutes et il laisserait la parole à un vieux parlementaire. Depuis son pupitre, l’estomac noué, il regarda Stéphanie avec intensité. Sa femme lui fit un signe de dénégation en montrant son portable. Ses yeux suaient d’angoisse.

L’angoisse pétrifiait les traits de la gamine. Luc lui fit un clin d’œil, assorti d’un sourire qui se voulait rassurant :
— Maëlis ? Tout va bien. On est là.
La petite avait les joues inondées de larmes. La main calleuse plaquée sur sa bouche l’empêchait de répondre. Quand bien même elle aurait pu parler que le flingue collé sur sa tempe l’en aurait probablement dissuadée. L’homme qui la tenait en joue était le seul que le service de Luc avait réussi à identifier : Andrija Lukic, un mercenaire d’origine serbe qui vendait ses services de tueur au plus offrant, souvent fortuné. L’homme avait la réputation d’être impitoyable.
— Lâche-la, lança Luc. Nous sommes trop nombreux pour toi.
— Partez, répondit-il avec un accent prononcé des Balkans. Sinon, elle meurt.
— Tu ne peux pas t’en sortir. N’aggrave pas ton cas, ce n’est qu’une gosse.
Le doigt de l’homme se crispa sur la queue de détente de son arme. Un coup de feu éclata près de l’oreille de Luc, lui arrachant une grimace de douleur. Lukic, touché en plein front, s’écroula sur le sol. Aussitôt, Phil s’élança à l’intérieur pour prendre Maëlis dans ses bras et l’évacuer. Luc se retourna vers Éric dont le Sig Sauer fumait encore.
— Quand tu prends un otage, fais en sorte qu’il soit de ta taille ou de ta corpulence. Là, c’était trop facile… Il allait tirer, ajouta-t-il d’un ton plus grave.
— Je sais… L’essentiel est que la petite soit saine et sauve. On fait le brief et on la ramène à ses parents.


Doyel était au bord de l’implosion. La tension accumulée ces derniers jours ne demandait qu’à se déverser en vagues puissantes qui emporteraient tout sur leur passage. Il profita de l’intervention d’un jeune loup du parti pour se rapprocher de sa femme, qui l’entraina à l’écart.
— Alors ?
— Toujours pas.
— Ce n’est pas normal. File-moi le portable, que je leur demande.
— Tu ne crois pas que l’on devrait attendre encore un peu ? Ils ont dit que nous ne devions pas les contacter et attendre qu’ils le fassent.
— Je m’en fous ! Je dois savoir, je ne vais pas tenir le rôle de l’homme apaisé encore longtemps, trancha-t-il sèchement en lui prenant le téléphone des mains.


La pression était redescendue. Et Luc était soulagé d’annoncer la bonne nouvelle au père de la petite, même si le protocole était un peu bousculé.
— Oui, monsieur. L’opération s’est déroulée pour le mieux : les ravisseurs sont neutralisés et Maëlis va bien. Elle est un peu choquée, ce qui est normal. La cellule psychologique va s’occuper d’elle.
Derrière lui, ses hommes faisaient des va-et-vient pour fouiller et sécuriser la maison. Le portable collé à l’oreille, il retourna dans la chambre, contemplant avec gravité le corps de Lukic.
— Oui, nous avons tous eu de la chance. Ce Lukic n’était pas un enfant de chœur. Vous pouvez poursuivre votre campagne plus sereinement. Bientôt, tout ça ne sera qu’un mauvais souvenir. Non, en effet, on ne sait pas avec certitude quel candidat est derrière tout ça, monsieur… Je comprends. Soyez assurés avec votre épouse que nous allons le trouver et le traduire en justice. Au moment où je vous parle, des OPJ suivent de près chacun de vos concurrents et le procureur n’attend qu’un nom pour nous signer le mandat d’arrêt… Oui, je sais. L’un d’eux est en effet le suspect idéal. Ou tout au moins, celui à qui tout ceci profite le plus.
Soudain, le corps de Lukic sembla tressauter légèrement, sous la poche de poitrine de sa chemise. Les sourcils froncés, Luc s’en approcha pour palper le tissu et découvrir un portable qui vibrait.
— Monsieur ? Je dois vous laisser. Une urgence.
Il raccrocha, appela Éric et regarda l’écran du téléphone qu’il venait de trouver : numéro inconnu. Il décrocha et écouta, sans mot dire.
— Lukic, entendit-il, vous avez des nouvelles du père ? L’ultimatum est dépassé depuis une heure maintenant.
Luc écarquilla les yeux de stupeur. Même si les soupçons étaient fondés, il n’aurait jamais cru que l’homme soit assez inconscient pour contacter lui-même le ravisseur. Il prit un carnet et un stylo. Quand il eut fini d’écrire le nom de son interlocuteur, Éric haussa lui aussi les sourcils et articula « sûr ? » sur ses lèvres. Luc acquiesça d’un mouvement de tête. Il n’en fallut pas plus pour que ses collègues agissent et donnent l’info par radio. Encore quelques secondes et ils toucheraient au but. L’autre s’impatientait au bout du fil.
— Allo ? Vous m’entendez ?
— Oui, vous avez toute mon attention.


Doyel réprima une bouffée de panique. La voix qui lui répondit enfin n’avait rien à voir avec celle du mercenaire, teintée d’un fort accent serbe.
— Qui êtes-vous ? Où est Lukic ?
— Il est mort, monsieur Doyel. Je suis le Commandant Zernac, en tête du groupe qui a sauvé la petite Maëlis Girard.
Les flics. Doyel suffoquait. Cette fois, il était fichu. Il chercha une issue dans cette salle bondée de journalistes. Peut-être pourrait-il s’échapper avec Stéphanie et refaire sa vie en Argentine ou au Mexique.
— Monsieur Doyel, intervint Luc Zernac, comme s’il devinait ses pensées. Je vous conseille de vous rendre afin de vous expliquer sur cet enlèvement.
Tenté de lui dire d’aller se faire voir avant de filer, il remarqua trois hommes qui fendaient la foule pour se diriger vers lui. L’un d’eux glissait déjà la main sous son blouson pour attraper son arme. Trop tard pour fuir. Ses gardes du corps n’intervenaient pas, à coup sûr briefés par ce type qui le désignait du doigt.
— Monsieur Pierre Doyel, lui dit le premier, Police Judiciaire. Veuillez nous accompagner. À compter de ce moment, nous vous plaçons en garde à vue pour des faits de séquestration de mineure de moins de quinze ans, chantage, crime en bande organisée, pour commencer.
Sentant de l’agitation derrière eux, les journalistes s’étaient retournés et commençaient à comprendre ce qui se jouait. Les premiers flashs crépitèrent alors que l’on passait les menottes au candidat le plus prometteur de cette élection. Sa femme protestait avec la plus vive énergie, telle une tigresse, mais on la ceintura et l’emmena sans tarder. L’un des flics récupéra le téléphone à terre et fit le point avec Zernac. Ce dernier lui demanda d’approcher l’appareil de leur suspect et de brancher le haut-parleur.
— Monsieur Doyel, je tenais à ajouter une dernière chose. Celle que je me suis dite, juste avant l’opération de sauvetage. Vous savez, pour gagner une course de fond, il ne s’agit pas de caracoler en tête sur les trois quarts du parcours. Seule compte l’arrivée, où l’on doit tout faire pour être le premier à la franchir. Sauf peut-être à employer les moyens les plus abjects, comme enlever une gosse pour forcer son père à abandonner.

La réponse de Doyel se perdit dans le flot de questions qui coulait sur lui. Prélude au tsunami que ce scoop allait provoquer dans les rédactions du monde entier.

mardi 29 novembre 2016

Jérémy Bouquin sous le feu des questions


LES QUESTIONS DU BOSS

1- N'y a-t-il que du plaisir, dans l'écriture, ou t'est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

  • Il y a des moments dans l'écriture qui, vite, deviennent « fatigant ». Tu sais la vingt-troisième relecture/correction du texte et où tu te dis... c'est terriblement nul !
    Le doute quoi.

2- Qu'est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

  • Raconter des histoires, raconter des personnages, des situations.

3- Comme on le constate aujourd'hui, tout le monde écrit ou veut s'y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l'épicier, ta voisine... de plus, des sites proposant des services d'auto-édition pullulent sur le net. Ça t'inspire quoi ?

  • C'est rassurant.
    Une société « du spectacle permanent », des quinze minutes de célébrité.... de l'image « photoshopée », du 150 signes qui gazouillent, du Facebook - Bref notre société de dégénérés qui, malgré tout, souhaite encore écrire

4- Le numérique, le support d'internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l'édition. Que penses-tu de ce changement ?

  • Je lis toujours, que cela soit sur tablette, sur mon téléphone, sur papier. Cela change juste notre rapport à la lecture. Je vais lire plus de nouvelles, je découvre plus de BD, je vais plus facilement lire la presse, je vais devenir curieux. J'aime.

5- Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l'éditeur de façon significative. Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d'autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

  • Je suis un jeune auteur. La promotion est pauvre. Beaucoup de livres sortent, peu font l'objet d'un article. Je crois que l'auteur de 2016 n'est plus l'auteur d'un éditeur, d'un seul journal. Il peut, au travers cette « auto-célébration numérique permanente », décliner son travail, démultiplier ses supports et promouvoir son travail auprès de sa communauté...

6- On dit qu'en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N'est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

  • Là encore, je crois que l'édition évolue en permanence. Tout est affaire d'économie. Avant, les histoires paraissaient dans les journaux, en feuilleton. Puis il y a eu les livres, les poches, le numérique.... bientôt le livre à la demande, le feuilleton numérique sur smartphone...

7- Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l'objet d'une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu'en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

  • L'éditeur, c'est le premier lecteur, celui qui va accepter, accompagner, voire corriger.... un producteur de livres qui va engager des fonds pour imprimer, distribuer bref faire vivre l'objet.
    J'ai plusieurs éditeurs et je tente, à chaque fois, de rester à ma place. Juste savoir dire quand modifier, c'est trahir.

8- J'ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s'en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'univers du polar. Grâce au Trophée, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t'inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • Nadine Monfils, Manotti, Loubière, Rendell, Hayder, Vargas... oui il y a et je lis des polars de femmes
Ma compagne lit plus que moi. Elle dévore. Elle bouffe du polar par paquet de 10. Des durs, des violents, des trashs... les lecteurs sont souvent des femmes, on le voit bien dans les salons, lors des dédicaces.
Comme ailleurs (peinture, dessin, musique...) ce qui est étrange dans le polar, c'est la place des femmes, certes importante, mais jamais plus importante que celle des hommes.
Les garçons sont certainement plus paresseux. Ils ont plus de temps, s'occupent pas des mômes, de la maison... Ils n'ont que cela à foutre, d'écrire !

9- Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?
  • J'aime écrire des nouvelles, l'exercice, le laboratoire stylistique, tester des trucs.
J'aime surtout l'idée d'être confronté aux autres, de lire ce qu'ils ont produit.

LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.

1- Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l'écriture reste-t-il une place ?
  • C'est peut-être ce qui explique pourquoi ce sont plus des hommes que des femmes qui.... (je rigole encore que...)
Après j'ai pas vraiment d'autres passions, je sors pas, peu de cinoche...

2- A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?
  • C'est un exutoire, un exercice aussi de description de la société, jouer avec nos peurs. Comme raconter des histoires qui font peur, un soir d'hiver entre potes.

3- La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu'on va ?
  • A vrai dire, m'en fous.
    Personne, ni même les journalistes les lisent. Je ne crois pas en tout cela. L'idée de vivre de l'écriture me dépasse. Tout le monde à le droit de raconter des histoires, même des merdes. J'en écris tout le temps.

4- Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t'écoute.
  • J'écrase 5000 signes par jour en moyenne... presque deux à trois manuscrits par an.
    Il y a de la merde, à 90%. C'est sûr !
    Je suis pas adepte de l'auto-édition.
    Je préfère proposer aux éditeurs. Qu'ils me disent ce qu'ils en pensent (quand ils jouent le jeu...), qu'ils prennent le « risque » de me sortir.
    Écrire est un « sport » auto-centré, il faut un lecteur, un avis critique. Je refuse de payer pour me publier.

5- Boire ou écrire, faut-il choisir ?
  • Je ne bois pas.... je ne fume pas non plus. Je suis quelqu'un de très chiant dans la vie.

6- La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.
  • Je préfère les sucreries ;-)
    Oui, écrire c'est donner du poils à gratter, arracher la croûte, saler les cicatrices, infecter les réflexions. Éclairer le plafonnier mental – envisager de voir autrement nos contemporains. Interroger l'idiotie permanente.

7- Lire aide à vivre. Et écrire ?
  • Aussi.
    Écrire ou inventer des histoires, des films, des séries TV, de la musique aide à vivre.

8- Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d'une dédicace, d'une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • « Bouquin, c'est vot' vrai nom ? Oui ! C'était prédestiné ! »
    Je ne peux plus entendre cette réplique. Et pourtant, j'y réponds toujours. Avec le sourire.
Nous te remercions d'avoir répondu à nos questions et d'être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym'us.