mercredi 21 septembre 2016

Nils Barrellon - sous le feu des questions



LES QUESTIONS DU BOSS

N'y a-t-il que du plaisir, dans l'écriture, ou t'est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

  • Non. Ah si ! Une fois, je me suis fait tomber le capot de mon imprimante sur l’index droit en tenant de changer la cartouche d’encre. Bobo.


Qu'est-ce qui te pousse à écrire, finalement ?

  • J’aime ça et, plus que tout, j’aime être lu. J’aime qu’on vienne me trouver pour me dire qu’on a passé un bon moment en ma compagnie, qu’on attend impatiemment le prochain Kuhn, que j’écris bien, que j’ai du style… D’autre part, je le constate, plus on écrit, mieux on écrit. Je me suis vu progresser et c’est agréable. J’aime de plus en plus jouer avec les mots, avec les structures de phrases, avec la ponctuation.


Comme on le constate aujourd'hui, tout le monde écrit ou veut s'y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l'épicier, ta voisine... de plus, des sites proposant des services d'auto-édition pullulent sur le net. Ça t'inspire quoi ?

  • Tu n’ignores pas que les sportifs, les stars du show-biz, les présentateurs télé et les politiques n’écrivent pas leur livre. Donc je biffe. Pour les autres, mon épicier, mon dentiste et la chien de la bouchère, je le comprends. Beaucoup (je le pense sans savoir si c’est vrai mais puisque tu demandes, je te réponds) souhaitent écrire comme ils font un selfie. Se raconter, se faire mousser, faire le buzz. Rédiger un super long statut Facebook en somme. Si c’est leur droit le plus fondamental, je ne pense pas qu’on puisse classer leur(s) œuvre(s) dans la littérature (quoique, certains y sont parvenus avec brio : Proust aurait adoré Facebook… Tu imagines ses statuts ? « Manger une madeleine en regardant l’horloge. Fait. » ) Enfin, pour tous les autres, ceux qui veulent juste raconter une histoire, il me semble alors légitime qu’ils désirent la faire lire. Si cela doit se faire par le biais de plateforme internet ou d’autoédition, pourquoi pas ? Pour ne rien te cacher, j’ai déposé mon premier « Kuhn » sur un tel site, où il figure toujours. Et il est lu !


Le numérique, le support d'internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l'édition. Que penses-tu de ce changement ?

  • Du bien et du mal. Bien parce nous sommes plus nombreux à pouvoir accéder à un auditoire (un lectorat plutôt ?). Mal parce que la qualité d’une œuvre dépend maintenant de critères pourrav’ comme le marketing, la visibilité, le buzz… Le nombre de bouquins médiocres qui cartonnent me désespère.


Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l'éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d'autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

  • Oh oui ! Et, franchement, je m’en passerais bien. Je n’aime pas traîner sur Facebook et j’y suis pourtant toute la journée. A ce propos, j’embauche toute personne dynamique et volontaire pour tenir mon fil d’actualité ! Avis aux amateurs – amatrices- : salaire de 14 euros / mois. Augmentation significative de 100% après 10 ans de bons et loyaux service. Dépêchez-vous, il n’y a qu’une place !


On dit qu'en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N'est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

  • Si, cela peut sembler décourageant, j’en conviens. Il faut comprendre et admettre le paramètre clé de l’édition : le temps. Il convient donc d’écrire, d’écrire encore. Les lecteurs se conquièrent sur la durée. Bouquin après bouquin, leur nombre augmente, je le constate. Perso, j’ai une nette tendance à l’impatience, alors, si je l’ai compris, j’ai du mal à l’admettre… Quitte à me précipiter ? L’avenir le dira…


 Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l'objet d'une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu'en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux.

  • J’entretiens actuellement une excellente correspondance avec mes deux nouveaux éditeurs, David Lecomte chez Fleur Sauvage et Jimmy Gallier chez Jigal. Il est vrai que nos aventures débutent… On en reparle dans quelques mois ? J’espère que tout cœur que mon ressenti sera le même ;-)


 J'ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s'en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'univers du polar. Grâce au Trophée, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies.
Quelles réflexions cela t'inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

  • Eh bien, puisque tu veux mon analyse de comptoir la voici : il me semble que la grande majorité des consommatrices de littérature noire sont des femmes (c’est ce que je constate tout du moins de salon en salon). Du statut de lectrice à celui d’auteure, il n’y a qu’un pas… Donc, CQFD ! J’ai lu Mayeras, Colette… C’est bon, très bon même.

Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

  • Pour qu’on parle de moi, que les filles soient nues, qu’elles se jettent sur moi, qu’elles m’admirent, qu’elles me tuent, qu’elles s’arrachent ma vertu… Et puis, j’ai envie d’aller aux pontons flingueurs ;-)


LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.

Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l'écriture reste-t-il une place ?

  • Yes. Merci à Sarah-Lucie, mon épouse, cette sainte femme, qui me dégage du temps parce qu’elle croit en moi.


A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

  • Quand on est, comme moi, une lumière, pas de problème ;-)


La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu'on va ?

  • Dans le mur. Objet marketing sans intérêt. Un jour, le public boudera cette connerie de non-événement.


Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t'écoute.

  • Je n’hésite pas : Crime et châtiment de l’immense Fiodor.


Boire ou écrire, faut-il choisir ?

  • Non. Mais pas en même temps. Et pas dans n’importe quel sens. On peut écrire puis boire. Pas l’inverse. (Bukowski a vaguement réussi toutefois)


La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

  • Le cul, qui en serait plutôt le piment.


Lire aide à vivre. Et écrire ?

  • A faire lire.


Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d'une dédicace, d'une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?

  • Je reçois le prix Goncourt en 2006. Malheureusement, le soir de la remise du prix, j’ai une rage de dents atroce qui me cloue au lit. J’envoie un ami, Jonathan Littell, pour me représenter et ce coquin (j’ignore comment il s’y est pris ! ) fourgue son bouquin à la place du mien ;-) Quel chenapan ! On en rigole encore quand nous prenons un verre ensemble.



Nous te remercions d'avoir répondu à nos questions et d'être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym'us.

vendredi 16 septembre 2016

Nouvelle anonyme N°2 - Chez Nous !

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Alain la Masse Massia est seul au premier rang, juste derrière le chauffeur, il a besoin des deux sièges. Derrière les vitres rectangulaires, il tire sur sa médaille de baptême, le seul rappel de là-bas, maintenant qu’Albert est mort.

La Provence file, déjà pelée.
La Masse l’appelait Albert. Et il continue, même quand il pense, aujourd’hui encore. C’est dans ces moments qu’il lui manque. Son père savait toujours quoi faire. C’était déjà le plus gaillard à la rivière. Avec ses peaux salées gros, ses bidons bleus aux couvercles noirs, des bouffeurs de bronches à faire pâlir les Gitanes, et ses chariots qui empestaient les menstrues, et les foulons qui s’ébrouaient sous le hangar en pissant la trempe au chrome, et les rats obèses gavés de chair pourrie, et les gars, et les vapeurs d’Oran. Et puis l’immense fabrique à souvenirs pour ceux qui restent, Albert, entre quatre planches de sapin.

Albert.

Les vingt-deux gosses chougnent comme un seul homme dans son dos. Les cinq du dernier rang sont liés, bras dessus bras dessous. Ils chialent depuis le coup de sifflet final. La douche y a rien changé. C’est Hicham, le pilier droit, qui pleure le plus. S’il y avait une justice, la digue du cul sortirait de leurs poitrines en feu, ils chanteraient leur gloire.

La Masse se sèche le crâne avec la serviette Crédit Mutuel que Myriam repasse le vendredi, en même temps qu’elle repasse les maillots noirs et blancs de la génération 2003 de l’US, la meilleure génération que la Masse a jamais entraînée depuis qu’il a commencé avec les gosses au club, c’était vers la fin de l’été 89. Myriam le fait le vendredi. Elle garde que Gaëlle et Meyel ce jour-là, la maman de Gaëtan bosse pas, ils l’ont mise aux quatre-vingts pour cent au centre de tri postal, sans rien qu’elle demande, elle a plus besoin d’Ass-mat. Le rituel, c’est poisson le midi, maillots après.

Myriam met moitié moins de temps depuis Noël, depuis qu’Alain lui a offert la centrale vapeur, la grosse Auto-control de chez Calor, celle avec le réservoir rouge. Jamais elle met plus de deux heures, lavage compris, même l’hiver quand les terrains sont boueux. Elle se fait ses petits records, Myriam, et quand c’est vent du Nord, les maillots sentent le colin.

La Masse s’éponge sans trop se frotter les yeux. Le reflet du micro sur le pare-brise attrape son regard, traverse ses larmes chaudes qui lui font gonfler les paupières au lieu de lui couler sur les joues.

C’était écrit.

Il en dort plus depuis le dimanche soir. Nîmes est peut-être plus près que de Toulon, mais le stade Kaufmann, sur le symbole, c’est la Méditerranée. Et on se fait toujours baiser par le comité, ou par la fédé, ou par les deux, et le match à 15 h, avec la fermeture des bureaux de vote à 18, c’est juste pour emmerder les gens comme lui. La Masse a quand même glissé son bulletin dans l’urne à l’ouverture des bureaux. Il a rempli son devoir, un peu comme s’il montait au front pour sauver l’honneur de la patrie, avec son sang d’Algérie. Parce que Flanby ou Marine, c’est plus de la politique, c’est de l’histoire, et que la France, c’est la France.

C’était la quatre-vingt-troisième. Sur le champ de bataille, les gosses mènent 11 à 6 contre le Toulon de Mourad Boudjellal. L’arbitre siffle la quatrième pénalité d’affilée pour les sangs chauds de la rade. Ils sont allés le dégoter dans les Midi-Pyrénées, cet enculé d’arbitre. La tribune est garnie de parents, d’amis, de dirigeants, de frangins, de frangines des autres générations. Sur la braille, Toulon, c’est plus ce que c’était. La tribune beugle.

On est chez nous !
On est chez nous !
On est chez nous !

Le ballon arrive dans les mains du grand black, l’ailier du RCT, il est face au Titou, le fils à Bernard Mazetier, un gosse de poche qui n’a peur de rien, même pas de son prof de mécanique au Grand Tech.

En un contre un.

Les hou-hou-hou-hou dégringolent de la tribune. Quelques cris de singes sourdent de la huée. C’est pas tous les jours que l’US dispute une demi-finale de championnat de France ! Le dernier sacre en cadets remonte à 89, justement. Et le black crochète Titou, et il galope vingt-cinq mètres, et il aplatit entre les poteaux.

L’arbitre attend pas la transformation puis il retrouve quand même ses esprits. C’est la foire de partout pendant que le ballon passe facile entre les perches. Ça se marave en tribune, ses gosses ne tiennent pas leur finale.

Vingt-deux morts de faim, les rois du déblayage en planche, peut-être moins talentueux seuls, mais tellement plus solidaires, qu’ils mettent la tête où personne mettrait jamais le petit doigt, juste pour aller au soutien d’un copain, juste parce qu’ils crèveraient pour honorer leurs maillots, et tous ceux qui ont revêtu la tunique, pour rendre sa fierté à tout le patelin.

Et la putain de roulette en bois qui virevolte dans son nid de métal et détraque les cœurs. Et ce putain de destin.

Les fines guibolles de la Masse soulèvent sa carcasse et son quintal quand le car dépasse le péage et sort de l’autoroute. José, le soigneur, a les yeux tout bouffis, rouges. Il a glavioté sur l’arbitre. Si la Masse s’était pas interposé, il l’aurait tabassé. Y aura rapport, sûr. La Masse fait glisser sa paluche droite sur l’épaule de José, celle avec le majeur montagnes russes, mais l’autre a encore le regard méchant et trop de rage dans la tête. La Masse se cale dans l’allée centrale. Il se racle la gorge, allume le micro, débite que les victoires sont peut-être plus belles que les défaites, mais que le temps de la fête. Il se calme, inspire à fond, martèle que le match servira toute la vie, que la mémoire les réveillera quand ils auront son âge, qu’elle leur fera oublier le mal de dos. Ça fait sourire Toto. Sur le pré, il porte le numéro 6, il est rarement à distance du cuir, mais il est pas là pour le toucher. C’est un pourrisseur né, sa mère a mis quarante et une heures pour l’expulser. Toujours à la limite, à ralentir le mouvement, à casser les pénétrations, à plaquer stratosphérique, à gratter minimum cinq, six ballons par match. Le micro étouffe la voix de la Masse qui a l’air de sortir du paquet de cotons planqué dans la boîte à gants.

— On avait prévu d’aller manger les saucisses chez moi, et boire un coup. Si vous voulez pas, je comprends, mais l’invitation tient toujours.

— On vient tous, y’a pas de raisons qu’on vienne pas, rétorque Matéo, il est vers le fond. C’est toujours lui qui parle. C’est pour ça qu’il est capitaine.

— Alors on change rien !

La morve remonte dans les cloisons nasales, coule dans les gorges. Les sanglots d’Hicham font bruisser la rancœur dans le silence, cognent les vitres, rebondissent dans le car comme des boules de billard qui se cherchent une destination.

— Aujourd’hui, je vous le dis, vous êtes des hommes ! Personne ne vous le volera jamais, ça, jamais, putain.

Les gosses acquiescent à retardement. Ils sont d’accord avec Matéo, pas avec le laïus du coach. Le monde a tué leur rêve. C’est à cause du fric, de Mourad le millionnaire, du grand Noir de Massy, que la famille a touché du blé pour qu’il intègre le centre de formation du RCT, tout le monde le sait, même que son père a muté à la mairie de Toulon, comme par hasard…

La Masse se rassoit. Cette fois, il pleure.

Le car finit par entrer dans la ville, il a mis trop de temps pour arriver là, puis il remonte le boulevard au ralenti jusqu’à passer entre le Mac Do et la cité, là où ils vivent. Le car a déjà pris des jets de cailloux, mais pas cette fois. Une troupe de gamins tout en sueur est occupée à taquiner le ballon rond, devant la pharmacie, sur le parking du centre commercial. Le numéro 10 floqué Zlatan fait des siennes, roulettes et tout. Juste avant le rond-point, un jeune barbu en djellaba se déhanche sous le soleil, ses espadrilles semblent coller au bitume ramolli du trottoir. Ça fait sortir la Masse du brouillard et il discerne un Porsche Cayenne garé sur le parking, devant la façade du dernier bâtiment, le vitré, celui que la mairie vient de refaire.

Le car fend la zone industrielle, il passe le Gifi et le centre Leclerc, tous les grands entrepôts en tôle ondulée, puis il contourne le village où vit la Masse par la déviation, celle construite par le Conseil général au grand dam des commerçants, mais ça devenait dangereux la traverse du bourg, surtout avec les mongoles du tuning, et les barlus, même que les gendarmes allongés servaient surtout de piste de décollage aux scooters. Le lotissement Les coquelicots est planté tout contre la déviation. Quarante lots timbre-poste alignés sur un ancien champ de maïs, le terrain qui appartenait au neveu de la cousine du premier adjoint. La maison d’Alain et Myriam dénote : c’est la seule avec les moellons du muret de clôture crépis. Les autres proprios ont préféré investir dans la piscine hors-sol, le barbecue à gaz et aux roches volcaniques, se payer un peintre plutôt que de tapisser eux-mêmes le salon.

Les gosses récupèrent leurs sacs de sport dans les soutes à bagages, la Masse les précède et file par-derrière. Il entre dans la cuisine par la baie vitrée entrouverte. Myriam citronne le taboulé dans le grand saladier vert, elle est de dos, le four ventile avec la quiche au thon dedans. La Masse lui pose un baiser entre deux bourrelets de cou. Myriam fait une moue embêtée, elle hausse les épaules. Il dit que c’est la vie et jette le sac à maillots dans le cellier. Elle fait toujours ça quand ils perdent. Lui aussi, même quand ils gagnent.

Dans le salon, la Samsung LED 3D de cent-vingt et un centimètres est allumée. La Masse a déjà payé les deux premières échéances du trois fois sans frais de chez Darty. Julien Dray livre son commentaire sur le taux de participation, le plus faible de toute l’histoire de la cinquième république pour un second tour de présidentielles. 61,9 %, pire qu’en 1969. Gilbert Collard est goguenard. Quand Dray dit que sur les 12 % de Mélenchon, il n’y a aucun problème, Collard l’interrompt :

— Il n’y a pas que des intellectuels surdiplômés, des anarcho-communistes ou des bobos qui ont voté Front de gauche, monsieur. Les quelques ouvriers se sont massivement reportés sur Marine Le Pen, vous verrez bien.

Dray continue comme si de rien n’était, genre papotage du salon de thé. Il dit que la clé du scrutin, c’est pas les 14 % de Juppé au premier tour, majoritairement des citoyens attachés à la démocratie et à la république, mais bien les 18 % de Sarkozy. Dray explique qu’il y a un fossé entre les électorats des deux droites, un abysse qui s’est d’autant plus creusé depuis le vote des primaires, quand tous les instituts de sondage annonçaient Juppé vainqueur à 60 % et qu’à l’arrivée c’est Sarko qui a gagné à 51 à 49. Collard marmonne :

— Le cirque des primaires est à l’image du pays : c’est bonnet blanc et blanc bonnet, corruption à tous les étages, mises en examen et compagnie. Avant ils ne volaient que les honnêtes gens, maintenant ils se volent aussi entre eux. La justice est saisie, mais la majorité des gens pensent qu’il y a eu vol, un vol massif. Les Français n’en peuvent plus de ce système, le système dont vous êtes d’ailleurs l’un des représentants les plus inaltérables, monsieur Dray.

Quand il dit « inaltérable », Julien Dray a un sourire sur le côté, comme s’il se sentait flatté. Collard lui met un dernier tacle et se marre. Bernard Mazetier se lève du canapé pendant que Dray affirme qu’avec les 22 % du premier tour, Hollande devrait en théorie gagner avec plus de 60 %, mais que le drame de la démocratie, c’est les 40 % d’électeurs qui pourraient avoir voté Marine Le Pen et les 40 % de gens qui ne se sont pas déplacés aux urnes. Les carrelages en gré lui refroidissent la voûte plantaire. Dray dit que l’heure est grave, que l’alerte du 21 avril 2002 n’a pas été entendue et qu’il faut désormais prendre le taureau par les cornes, régler durablement la question du chômage, celle des quartiers, que ça passe forcément par l’Europe. Collard réplique :

— Vous êtes l’incarnation de l’Europe islamophile de la finance, celles des carnassiers et des technocrates, des assassinats salafistes, l’Europe des Kamikazes d’Allah, les équarrisseurs de curés, l’Europe des hordes de migrants, l’Europe qui n’aime pas ni son histoire, ni les frontières, ni le peuple, qui l’opprime, ce peuple qui n’en veut pas, qui n’en a jamais voulu, et qui l’a dit à chaque fois qu’on lui a demandé, en Irlande, en France, au Danemark, en Grèce…

Dray le coupe en souriant :

— C’est inexact Monsieur Collard, vous le savez très bien. Les Irlandais (…)

Bernard baisse le son et se taille dehors, pieds nus, en lâchant :

— Ils disent ça depuis 30 ans. Putain de voleur qui nous explique la vie…

La voix de Myriam arrive de la cuisine :

— Tu peux débarrasser la table du salon, Biquet ? Je voulais pas brasser tes papiers.

La Masse fait un tas des commandes de la semaine. Il glisse la liasse dans son cartable en cuir pendant que Bernard sort sur la terrasse. La semaine a pas été terrible. Le directeur des ventes va encore lui casser les noix dès le lendemain matin. C’est un blanc-bec bardé de diplômes qui vient de chez Saunier-Duval, les gars l’appellent la Chaudière, ils le soupçonnent d’être pédé. Il l’a toujours sur le râble. Ça a commencé avec le logiciel, ça a continué avec les frais de resto, puis les remboursements kilométriques. La Masse fait dans la fourniture de bureau, pour une boîte de Clermont-Ferrand, Kalipro. Son secteur, c’est trois départements, dont le 84. Il se sort 2 100 € mensuels en moyenne, variable inclus. C’était mieux quand c’était le père Arthaud, mais le vieux a vendu la boîte aux Hollandais et les Hollandais ont renouvelé les commerciaux, et tous ceux qui avaient plus de quarante-cinq ans sont restés sur le carreau. La Masse a peut-être qu’un fixe de 1 350 €, mais il est pas au chômedu, alors que Thierry, son ancien collègue, celui de Montpellier, ça dure depuis bientôt deux ans. Il arrive à gratter 200 € sur les frais, mais c’est de plus en plus compliqué, à cause de l’informatique et de la Chaudière. Mais la Masse paie ses impôts, plus d’un mois et demi de salaire avec ce que ramène Myriam. Ça le fait râler, surtout avec tout ce gaspillage, et tous les profiteurs, mais ça le rend fier, il en a dans les tripes, c’est pas une serpillère, il peut se regarder dans la glace. La Masse pense comme Albert. La solidarité, c’est ce qu’y avait de meilleur, mais il aurait fallu que tout le monde soit recta, sinon, ça part toujours en cacahuète vite fait, et c’est donc parti en cacahuète, sans parler des autres. La Masse se marmonne à lui-même :

— Plus qu’un quart d’heure et on saura.

Ses claquettes traînent devant lui et l’emmènent dans le jardin. Les parents sont tous là. Le père d’Hicham se met à pleurer quand les gosses pénètrent sur la pelouse au compte-goutte et sous les applaudissements. Il applaudit plus fort que tout le monde, et plus longtemps. Il est Marocain, c’est un type bien, il élève ses quatre filles et Hicham à la dure. Il travaille chez Metro et sa femme fait des ménages. Il est passé à la télé pour les premiers attentats, ceux de janvier 2015, sur la Une, vingt-et-une secondes.

La Masse et Bernard alignent trois séries de gobelets chacun. C’est boisson unique, mais Myriam a prévu du jus d’orange pour les femmes qui aiment pas le Ricard, et du Coca pour les mineurs. Ici, on est majeur à quatorze ans question jaune. La Masse et Bernard fourrent leurs paluches dans la glacière préparée de la veille. Les gestes sont sûrs, ils savent faire. Les glaçons giclent comme les marrons qu’ils distribuaient quand ils étaient deuxièmes lignes de l’équipe première au début des années 80. C’était l’époque où l’US était en première division, quand les tanneries et les usines de chaussures n’avaient pas encore fermé. Aujourd’hui, il y a un musée international de la godasse en ville, principalement visité par les écoliers du coin, histoire que les gamins s’interpellent de ce qu’étaient leurs ouvriers de pères et leurs piqueuses à la machine de mères. Avec l’équipe 1 en Fédérale, même les tribunes du stade font trop grandes. Surtout depuis qu’ils ont fusionné le club avec l’ennemi, le VS. Les usines sont restées là, on sait pas trop pourquoi, parce qu’elles sont vides. Ils ont fait des appartements dedans, des fois. Et il reste qu’une seule tannerie, celle où bossait Albert, elle fait dans le luxe, Hermès, Vuitton, des sacs à quatre ou cinq chiffres que les gens peuvent pas acheter, sauf les Japonais et les riches. Les gens disent que tout ça c’est à cause des Chinois, mais les patrons ont délocalisé les usines au Portugal ou en Espagne avant de les couler. Les niaquoués ont bon dos comme dit Bernard.

Pas un glaçon rate la cible et les doses de Ricard de Bernard sont finalement servies avant celles de la Masse. La Masse a aussi pensé à congeler des bouteilles de Cristaline remplies à moitié d’eau du robinet. La flotte glacée se trouble en même temps qu’elle cascade dans les gobelets. Ça y est, les soixante jaunes tremblotent sur la planche en bois, entre deux tréteaux, et chacun son gobelet. Myriam débarque avec des grands plateaux de pizzas. Les gosses bâfrent les chips. Les mères filent dans la cuisine, long chapelet de bonnes femmes qui adorent se voir pour mieux poudrer celle qui manque, et il en manque toujours une, et c’est jamais la même. Jojo est d’astreinte barbecue. On change pas une équipe qui gagne, même si, aujourd’hui, ils ont perdu. La fumée des merguez et des chipolatas lui remet bizarrement les idées à l’endroit.

C’est à la quatrième tournée que Bernard fait signe à la Masse. Quand ils entrent dans le salon, c’est la gueule de Pujadas qui irradie sur l’écran et la Masse appuie sur la touche 1 de la télécommande Freebox. Les autres s’en foutent, ils s’envoient un cinquième Ricard, c’est plus important que tout ce cirque, ça a une influence positive sur leur vie.

Laurent Delahousse annonce qu’on saura le nom du futur ou de la future Présidente de la République dans moins d’une minute. La Masse l’aime pas trop. Il aimait bien Claire Chazal, elle était blonde, comme Myriam. Et ça avait pas l’air d’être vrai, comme Myriam aussi. Puis c’est le décompte.

Cinq, quatre, trois, deux, un, zéro.

La tête d’abruti de Hollande, avec son sourire Averell qui a réussi à être premier de la classe.

Myriam se tient derrière, vers la porte du couloir qui distribue les chambres et la salle d’eau. La Masse l’a pas vue.

— François Hollande est réélu Président de la République.

Bernard dit :

— Regarde-moi ça comment il est content, l’autre, non, mais regarde ça.

Bernard ajoute :

— 56,2 %. C’est pas possible ! Pays de merde. Dans dix ans, on sera plus chez nous !

La Masse dit :

— Ça fait longtemps qu’on y est plus, de toute façon. On a perdu dans la tête. Ils commencent par là, pis les ventres et ils finissent par la terre.

 La Masse souffle :

— Des fois, je suis content qu’elle soit morte.

Il se tourne et Myriam s’est rapprochée. Elle le gifle. Un réflexe. Elle sait pas trop si c’est à cause de ce qu’Alain a dit ou des 56,2 % qui ont préféré avoir bonne conscience. La mort subite du nourrisson remonte à fin 88, elle avait pas trois mois. Séverine s’est pas réveillée dans son sommeil. Pourtant, Myriam avait ligoté un gros réveil à un barreau du lit.

Tic. Tac.

Myriam pense pareil que La Masse, mais elle sera mère toute la vie.

mardi 13 septembre 2016

Danielle Thiéry – Sous le feu des questions



LES QUESTIONS DU BOSS


N'y a-t-il que du plaisir, dans l'écriture, ou t'est-il déjà arrivé de ressentir une certaine forme de douleur, de souffrance, dans cet exercice ?

Je ne suis pas maso, si écrire devient un pensum ou une souffrance, je lâche l’affaire. Il y a forcément des moments de doute, des phases moins plaisantes. Je préfère pour ma part la période de maturation et de recherche, c’est très excitant. Comme pour une fête, j’adore les préparatifs. En écriture, le premier jet me rappelle mon enfance et le cahier neuf sur lequel on inscrivait la date… Au milieu du cahier, j’ai déjà envie d’en commencer un autre… 

 

Qu'est-ce qui te pousse à écrire, finalement ? 

 
Alors, là ! Cette question est privée et quand je dis privée, c’est quasi psychanalytique, donc pas de réponse ! 

 

Comme on le constate aujourd'hui, tout le monde écrit ou veut s'y mettre. Sportifs, stars du show biz, présentateurs télé, journalistes, politiques, l'épicier, ta voisine... de plus, des sites proposant des services d'auto-édition pullulent sur le net. Ça t'inspire quoi ?

Je ne suis pas certaine que tous les gens cités soient poussés par un besoin d’écrire. Ils sont plus sûrement approchés par des maisons d’édition qui souhaitent ainsi répondre à la curiosité populaire en espérant des profits tout en donnant à « l’auteur » l’impression d’entrer dans un monde un peu élitiste. Quant à l’auto-édition sur le net, bof et pourquoi pas. Bof parce qu’on voit en effet pulluler des quantités de textes mal fichus, mal écrits, truffés de fautes. En même temps pourquoi pas car, parfois, une pépite ignorée des maisons d’édition et qui n’aurait jamais eu sa chance peut émerger. Laissons aux lecteurs le soin de faire le tri. 



Le numérique, le support d'internet, les liseuses, les ebook, les réseaux sociaux, sont une révolution pour les auteurs et bousculent également le monde de l'édition. Que penses-tu de ce changement ? 

 
Ce n’est pas un changement mais une évolution. Il est vain de tenter de résister à un phénomène aussi vaste et en déplorer la tentaculaire inondation n’apporte que frustration et épuisement. Il vaut peut-être mieux accompagner le mouvement et contrôler les excès tout en préservant la ligne classique des livres papier. Et un lecteur numérique est un lecteur. Il y a beaucoup de confort pour certains, par exemple les personnes âgées qui voient moins bien, à utiliser les liseuses. 



Il semble que de plus en plus, les auteurs prennent en charge leur communication, font leur publicité, créent leurs propres réseaux, prolongeant ainsi le travail de l'éditeur de façon significative.Te sers tu toi aussi de ce moyen pour communiquer sur ton travail, annoncer ton actualité, discuter avec tes lecteurs ou d'autres auteurs et ainsi, faire vivre tes livres plus longtemps ?

 
Bien sûr je le fais, j’utilise les réseaux sociaux pour communiquer car c’est facile et rapide. Mais je suis d’une génération qui n’est pas née avec l’informatique et j’avoue que ça me barbe un peu. Alors oui mais pas trop. La meilleure pub qu’on puisse se faire est d’écrire de bons livres… 



On dit qu'en 25 ans, le nombre de livres publiés a été multiplié par deux, leur tirage ayant baissé de moitié pendant cette même période. Comment sortir le bout de sa plume de cette masse de publications ? Être visible ? N'est-ce pas décourageant pour les jeunes auteurs ? Que leur dirais-tu ?

L’inflation de livres est un fait. 700 titres à la rentrée littéraire d’octobre… On est exactement dans le schéma global de l’économie. Profusion d’offres, effet de jungle pour le consommateur. Seul un petit nombre de livres va tirer son épingle du jeu et les autres passeront à la trappe. Les riches le sont de plus en plus et le nombre de pauvres augmente… Je connais quelques jeunes auteurs talentueux qui finiront par se faire reconnaître dans le bougliboulga littéraire mais il faut du temps, de la patience, un petit coup de chance parfois et… un bon job à côté pour vivre ! Le fait de ne pas percer n’est pas dû qu’à l’absence de visibilité, on le sait bien… 

 

Les relations entre un éditeur, ou un directeur de collection, et un auteur, pourraient faire l'objet d'une psychanalyse, me disait un écrivain, récemment. Qu'en penses-tu ? Comment analyserais-tu cette relation que tu entretiens avec eux. 


Oui, c’est très compliqué… 20 ans d’édition pour ma part, 22 livres et toujours pas compris… Une chose est sûre c’est qu’il n’y a pas de miracle et que la qualité de la relation est souvent liée à l’alignement de zéros sur les chiffres de vente. Bon, je dis ça, je dis rien… 

 

J'ai pensé longtemps, et ma bibliothèque s'en ressentait, que le noir, le polar, était une affaire de mecs. Les coups durs, la débine et la débauche, les gangsters, la baston, les armes, les crimes et la violence en général… une histoire de bonshommes. Aujourd'hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l'univers du polar. Grâce au Trophée, j'ai pu me rendre compte qu'il y avait de nombreux auteurs femmes dans ce genre. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies.

Quelles réflexions cela t'inspire-t-il ? À quoi cela est il dû, selon toi ? En lis-tu et, si oui, Lesquelles ?

Les femmes sont dans le polar depuis longtemps ( Christie, Highsmith, Rendell, PD James, Cornwell…) mais il est vrai qu’elles y étaient moins nombreuses qu’aujourd’hui où elles talonnent les hommes avec une écriture tout aussi raide parfois. Elles ont été longtemps « tricardes » auprès de certains éditeurs spécialisés et certaines ont dû prendre des pseudos masculins pour passer le cap ou, en tout cas, laisser planer le doute. Tout cela a changé, heureusement. Je lis beaucoup de femmes, je trouve leur approche des gens et des situations souvent plus fine que celle des hommes, mais je n’aime pas les thrillers trop trash ou gore, c’est à mon sens trop artificiel même s’il y a un important lectorat, notamment féminin, pour ce genre. Je ne cite personne, j’ai plein de copines dans le polar et je ne veux pas risquer d’en fâcher quelques unes…


Pourquoi as-tu accepté de participer à ce Trophée ?

 
On me l’a demandé et au risque de paraître trop modeste, je suis toujours et encore flattée d’être sollicitée pour ce genre de défi…




 


LES QUESTIONS DE MME LOULOUTE.

 

Vie professionnelle, vie de famille, salons et dédicaces, à l'écriture reste-t-il une place ?

 

Retraite, vie de famille limitée (enfants grands et autonomes), sélection des salons (et limitation des engagements) et peu de dédicaces alors oui, il reste de la place, tous les jours, pour écrire.



A-t-on encore les idées claires, quand tous nos héros broient du noir ?

 
Noir c’est noir, mais il y a toujours de l’espoir… Et il ne faut pas exagérer, les personnages doivent rester à leur place, dans la boîte… 




La rentrée littéraire approche. Un livre, ça va, 560, où est-ce qu'on va ?

 

Ben oui, je déplore l’inflation, mais en même temps pour ceux qui seront publiés, c’est un moment génial… Porteur d’espoir, source de déception, mais très fort. 


 
Le dicton du jour : À la saint Grégoire, sort un livre de ton placard. Je t'écoute.

 

Ah ce cher Grégoire !!! Il y a aussi à la saint Estèphe, sors un livre de ta bibliothèque ! Trop difficile, trop de livres… Allez, Ellroy, mais pas de titre, juste lui. 

 

Boire ou écrire, faut-il choisir ?

Ah non, surtout pas ! Mais pas en même temps ! Sous alcool, tu as parfois l’impression d’écrire des pages d’anthologie, le lendemain, consterné, tu jettes tout… 

 

La littérature est le sel de la vie. Passe moi le poivre.

Le cinéma, la musique… le jardin, la broderie… 

 

Lire aide à vivre. Et écrire ?


Evidemment. Sans cela, je ne sais pas ce que je serais devenue. La vie, la mienne, forcément limitée, m’ennuie au fond, l’écriture permet d’en vivre beaucoup d’autres et même si ce n’est que par procuration, c’est formidable.



Une anecdote à nous narrer, sur un salon, lors d'une dédicace, d'une table ronde, un événement touchant, drôle, étrange… ?



J’intervenais dans une école (pour un livre jeunesse, public de 10 à 12 ans), il y a une dizaine d’années. Chacun y allait de sa question, très rituelles pour l’ensemble :

-- Combien tu as tué de personnes dans ta carrière de policier ?

-- Combien de temps tu mets pour écrire un livre ?


Au premier rang, un garçon semblait très préoccupé. Je lui demande ce qui le tracasse
et s’il a une question en particulier.

-- Oui, dit-il, combien de temps tu as été policier ?

-- 30 ans, dis-je.

-- Et depuis combien de temps tu écris des livres ?

-- 15 ans…

Il fronce les sourcils, commence à compter sur ses doigts. Puis se dresse :

-- Mais alors, ça te fait quel âge en tout ?



Des dizaines d’anecdotes de salon, aussi bien sûr. Au début, j’étais souvent « visitée »
par des gens que j’avais arrêtés… Mes voisines et voisins de stand ont souvent flippé… 

 

Nous te remercions d'avoir répondu à nos questions et d'être présent(e) avec nous, pour cette troisième édition du Trophée Anonym'us.