vendredi 15 janvier 2016

Nouvelle anonyme N°14 : 383 dans ces rues-là

 




Au milieu des allées et venues du commissariat, la jeune femme attendait sur un banc. Cela faisait une bonne heure qu’on l’avait collée là, dans ce couloir où plus personne ne faisait attention à elle. Elle était blême, la tête penchée sur ses mains, elle fixait ses ongles rongés. Il devait être vers les onze heures trente quand un type plus fatigué que les autres planta son froc sale au bout de ses genoux en prononçant son nom. Elle se leva et le suivit jusqu’à son bureau où elle s’assit. Le policier du nom de Fourier s’absenta cinq bonnes minutes et revint avec deux cafés. Il en posa un devant elle. Elle n’avait rien demandé, mais le prit avec plaisir. Plaisir n’était pas le mot adapté. Elle prit ce gobelet de café industriel, volontiers.

À moitié caché derrière son écran, il commença par ouvrir un dossier et lança le logiciel pour prendre la déposition. Ses gestes étaient une suite d’actes automatiques qui indiquaient que lui non plus n’avait pas beaucoup dormi et cela, depuis un bon moment. Pendant que l’ordinateur moulinait, le lieutenant Fourier attendait en avalant son café. Il gardait les yeux rivés vers la minuscule fenêtre. Elle se demanda ce qu’il pouvait bien regarder comme cela. La vitre opaque de crasse donnait sur le mur noir de la cour ruisselant de pluie. Le seul élément remarquable de ce décor triste était la tache jaune de la fenêtre d’en face. Peut-être voyait-il des collègues s’agiter dans un bureau voisin ? En fait en se tournant vers lui, elle s’aperçut qu’il s’était assoupi le gobelet aux lèvres. L’ordinateur avait cessé de souffler comme un bœuf, c’était maintenant au tour du lieutenant de ronfler. À vrai dire, elle aussi aurait bien piqué du nez, mais après s’être laissée aller à une bonne minute de torpeur, elle se redressa brusquement et assez bruyamment pour que le policier reprenne ses esprits. Elle déclina identité, âge, adresse, profession puis quand le fonctionnaire Fourier planta les yeux dans les siens, elle comprit qu’il fallait y aller, qu’elle devait déballer son sac rempli jusqu’à la gueule, jusqu’à vomir.

Elle a voulu aller à pied à son rendez-vous, fit-elle en préambule, comme si cela devait justifier tout ce qui allait suivre. Nous sommes parties tôt, vers dix-neuf heures quinze. Elle habite là-haut à Gambetta, quelques rues au-dessus du Père-Lachaise. En fait, quand je viens à Paris, je lui demande souvent de marcher plutôt que de prendre le métro. Je suis de Mulhouse et chez moi le tour de la ville est vite fait, trop vite. Cette fois-ci, elle n’a pas hésité, elle a filé tout droit vers la porte du cimetière. J’ai compris que cette promenade ne serait pas comme les autres, car malgré mes multiples insistances elle m’avait toujours refusé cette traversée du cimetière. Cette fois, ce sera violent m’a-t-elle dit en entrant, violent du départ jusqu’à l’arrivée.
Et sanglant.
Sanglant ? fit le policier en relevant le nez de son clavier.
Ce n’est pas elle qui a prononcé ce mot, sanglant, c’est moi. En fait je ne l’avais jamais prononcé jusqu’à aujourd’hui. Mais je me souviens l’avoir pensé lorsque nous avons franchi la porte du Père-Lachaise. Dès que nous avons pénétré à l’intérieur de cet immense cimetière, j’étais perdue. Je la suivais, un coup à droite, un coup à gauche, ici la division quatre-vingt-six, là la division douze, elle savait parfaitement où elle allait.
Vous voulez dire qu’elle avait préparé le chemin ?
Oui, je le pense. Non, j’en suis certaine... j’en suis certaine aujourd’hui. Non... désormais. J’en suis certaine, désormais, précisa la jeune femme.
C’est qu’elle se doutait de quelque chose alors ? tenta Fourier. Non... je ne le crois pas... en fait ce chemin qu’elle m’a fait emprunter, c’était pour reprendre une ancienne conversation que nous avions eue ensemble il y a de nombreuses années, lorsque nous étions encore au lycée de Mulhouse.
Et quel était le sujet de cette conversation ? La jeune femme fixa alors Fourier longuement sans ciller, pour qu’il comprenne bien qu’elle refusait de répondre à cette question. C’était comme si cette confidence lui avait échappé. Le lieutenant décida de mettre ce détail de côté.
Elle reprit.
Nous sommes arrivées dans un recoin isolé du cimetière mal éclairé, la division quatre-vingt-quinze. Cela faisait un bon moment que nous n’avions plus croisé âme qui vive et comme la nuit était déjà tombée sur ce décor de théâtre, c’était lugubre. Au détour d’une allée, dans la pénombre, je l’ai perdue de vue et l’espace de quelques secondes je me suis mise à paniquer. Pourtant en quelque pas je l’ai retrouvée, immobile devant une tombe. On aurait dit une statue noire. Je me suis approchée. Il y a eu un long silence puis elle a commencé à parler. Il s’appelait Bernard Verlhac, a-t-elle dit. Il a été assassiné pas loin d’ici, dans le onzième arrondissement, de plusieurs balles de kalachnikov dans le corps. Assassiné car il avait pris la liberté de dessiner des choses impertinentes, effrontées, irrespectueuses et drôles. Assassiné car il pensait comme d’autres qu’on pouvait se moquer de tout. Car il pensait comme d’autres qu’il était libre de pouvoir se moquer de tout.
J’étais en train de déchiffrer les lettres de son nom sur cette pierre tombale quand je me suis aperçue que j’étais toute seule. Elle était déjà repartie. Je me suis empressée de la retrouver. D’allées aux gros pavés disjoints en escaliers aux marches brisées nous avons descendu la colline vers la sortie, mais devant la grande porte, elle a bifurqué vers l’enceinte du côté sud-est pour s’arrêter face à un long mur sombre. Je ne voyais rien d’autre qu’une sorte de grand rempart. Sa silhouette s’est rapprochée du mur. Elle était là, à un mètre cinquante devant moi, lorsqu’elle s’est mise à raconter à nouveau. En fait, maintenant que je revois cette scène, j’ai l’impression qu’elle s’adressait à elle-même, comme si elle était seule.
Qu’a-t-elle dit ? demanda le policier.
Elle a dit cent quarante-sept. Cent quarante-sept ? Cent quarante-sept quoi ? Morts, répondit la jeune femme. Elle m’a raconté ces cent quarante-sept morts, cent quarante-sept fusillés, les ultimes combattants de la Commune de Paris qui s’étaient retranchés dans l’enceinte du Père-Lachaise. Les derniers des communards, les derniers de ceux qui avaient rêvé d’un nouvel ordre social et d’une société plus libre et plus démocratique, ont été alignés le 28 mai 1871 tout le long de ce mur noir qu’on nomme le mur des Fédérés. Fusillés par des soldats français sous les ordres d’un maréchal français avant d’être jetés dans la fosse commune. Avant de partir, j’ai entendu ces mots qu’elle disait à voix basse : là aussi il y a des fleurs et de l’herbe.
Des fleurs et de l’herbe ? s’étonna Fourier. Oui, j’ai distinctement entendu : des fleurs et de l’herbe. Quelle heure était-il ? Quand nous sommes sorties du cimetière, il devait être aux alentours de dix-neuf heures trente. Nous avons pris la rue de la Roquette. À mi-chemin nous avons fait une halte devant le square qui est juste sur la droite quand on descend. Une halte, mais pourquoi faire ? C’est ce que je lui ai demandé : pourquoi tu t’arrêtes ? À cause de Marie-Louise, à cause des trois cent quarante-trois, à cause de Simone, m’a-t-elle répondu et elle a ajouté, à cause de la liberté, de comment on la pense et de comment certaines personnes en meurent en voulant la conquérir. Marie-Louise est morte car elle a fait partie de ces citoyens qui se croyaient libres avant les autres, avant l’heure, avant la loi. Marie-Louise Giraud a été guillotinée au matin du 30 juillet 1943 dans la cour de la prison de la Roquette qui se trouvait à l’exact emplacement de ce petit square. Guillotinée car elle avait, dans la région de Cherbourg, pratiqué vingt-sept avortements, crimes passibles de la cour d’assises depuis 1920. Arrêtée, condamnée, assassinée pour avoir sauvé vingt-sept femmes qui, jusqu’au manifeste des trois cent quarante-trois salopes et jusqu’à la loi de 1975 sur l’avortement de Simone Veil, avortaient toutes seules et mouraient chaque jour aux quatre coins de la France, abandonnées. Marie-Louise Giraud, une combattante de la liberté, une combattante des libertés, parmi tant d’autres.
Regarde par terre, m’a-t-elle lancé en s’éloignant vers le métro.
J’ai regardé. J’ai regardé le square et j’ai vu, j’ai compris.
Quoi ? Qu’avez-vous vu dans ce square ?
De l’herbe et des fleurs.

Cinq minutes plus tard lorsque nous sommes passées devant la bouche de métro elle a levé la tête vers le nom de la station en disant que tout ça, c’était de sa faute.
À qui ? interrogea Fourier. Voltaire, évidemment ! fit la jeune femme en haussant les épaules. Et ensuite ? lança le policier. Ensuite, nous avons continué la dernière partie de la rue de la Roquette. Mais pourquoi n’avez-vous pas tourné à droite au métro Voltaire pour prendre le boulevard, c’était quand même plus direct pour aller à votre point de rendez-vous ? Après tout vous n’étiez qu’à cinq cents mètres ! fit remarquer le lieutenant. Non, nous avons filé vers Bastille, elle avait son idée, son itinéraire, vous comprenez ?
Mal. Donc vous avez filé directement à Bastille ?
Oui. Quelle heure était-il ? Vers les vingt heures quand on est passées sur la place. Vous ne vous êtes pas arrêtées sur la Place de la Bastille ? Non, elle commençait à avoir peur d’être en retard. C’était important cette soirée avec son fiancé, c’est elle qui avait eu cette idée.

En retard ! En retard pour un putain de rendez-vous oui ! lâcha-t-il dans un soupir. Puis il se remit à fixer la fenêtre d’en face, l’air pensif.
Il devait être aux alentours des midi et quart dans le petit placard-bureau du lieutenant Fourier quand il décida de s’accorder une pause. Si vous voulez aller aux toilettes, elles sont au second, juste en face de l’escalier, et il sortit. La jeune femme préféra rester à sa place à observer ce qu’il lui restait d’ongles au bout des doigts. Les gouttes de pluie ruisselaient au carreau, les affiches jaunies de combat de karaté avaient définitivement renoncé à égayer l’espace de travail du lieutenant de police. Elle patienta ainsi dix bonnes minutes avant qu’il ne reprenne sa place derrière son clavier collant.

Alors combien de morts à la Bastille ? demanda-t-il. Cent environ, répondit-elle. Cent, dont la plupart étaient juste des citoyens de la ville de Paris. Ils avaient volé leurs armes le matin dans les réserves des Invalides et avaient filé vers la fin de la matinée au Fort de la Bastille dans l’espoir d’y récupérer de la poudre et des munitions. Le temps était lourd à ce qu’il paraît. De palabres énervés en négociations mal comprises, tout a dégénéré, et vers une heure de l’après-midi des échanges de coups de feu ont commencé et ce n’est qu’à partir de quinze heures que la canonnade a frappé les portes de la prison. À dix-sept heures la messe était dite et la forteresse royale se rendait. Six morts du côté des défenseurs, cent du côté des révolutionnaires.
Un séisme en Europe.
Le surlendemain, le seize juillet, l’ambassadeur d’Angleterre écrivait que "le quatorze s’est accomplie la plus grande révolution dont l’Histoire ait conservé le souvenir, et si l’on considère l’importance des résultats, elle n’a coûté que bien peu de sang. De ce moment, nous pouvons considérer la France comme un pays libre".
Un pays libre. Cent morts.
Tout le long du boulevard Beaumarchais elle a répété plusieurs fois l’expression bien peu de sang. Elle a raconté dans le détail ce qu’ont fait ces révolutionnaires ce jour-là dans les rues de Paris par la faute de ce philosophe, ce Rousseau qui a écrit que l’homme est né libre et que partout il est dans les fers. Et par la faute de bien d’autres, a-t-elle répété. Elle m’a expliqué que ce que ces Parisiens ont accompli en 1789, se libérer et s’émanciper de la monarchie et de la loi du plus fort, d’autres pays ne l’ont toujours pas fait, deux siècles et demi plus tard.
Elle parlait, parlait. Des combats, des révolutions, des grandes victoires et des petites. Du sang versé pour chaque bataille. Du sang versé, coulé et disparu entre les pavés de ces rues-là.
Du pouvoir absolu, de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la lente séparation de l’Église et de l’État, de la fin de l’obscurantisme, de l’esprit critique – le même qui a conduit Verlhac au Père-Lachaise – et de l’homme qui passe de l’état de nature à l’état de société. En approchant de la Place de la République, elle évoquait encore l’éducation obligatoire, le droit de vote des femmes, le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, tous ces droits, toutes ces libertés gagnés par ces vies perdues tout au long des années, des décennies, des siècles, dans ces rues-là et dans d’autres.

Avant de s’engager sur le boulevard Voltaire, elle a insisté pour faire un dernier crochet par la caserne Vérines, cette grande bâtisse qui abrite la Garde Républicaine sur la place de la République. Là, elle m’a plantée sous une plaque commémorative. Ici est tombé pour la libération de Paris un FFI Georges Feldmann le 19 août 1944 à l’âge de 19 ans. Elle a sorti son petit carnet qui ne la quitte jamais, pour me lire les noms des autres tombés sur cette place ce jour-là : René Colpaert, 17 ans, arrêté et immédiatement fusillé ; Lucien Gohier, 21 ans, brancardier volontaire, abattu alors qu’il ramasse des blessés ; Jeanne Brunner, victime d’une balle perdue sur la place devant le numéro 5. Et puis elle a rangé son carnet, elle a regardé l’heure sur son Smartphone, elle a compris qu’il était tard et qu’il fallait y aller.

– Quelle heure ? fit Fourier.
– Vingt heures trente, répondit la jeune femme.
– À quelle heure êtes-vous arrivées devant ? 
– Dix minutes plus tard. 
– Qu’avez-vous fait à ce moment-là ? 
– Rien, elle avait ses billets, son fiancé était là, on s’est salués, je les ai laissés entrer, ils ont disparu dans la foule. 
– Vous n’avez rien vu qui vous a paru suspect ? 
– Rien que des gens contents de se retrouver, contents de se rendre au spectacle. Rien que de la joie d’être là et la liberté d’être là. 
– Et vous vous êtes éloignée du Bataclan ? 
– Oui, et je ne l’ai jamais revue. La dernière image, c’est elle souriante au bras de son fiancé qui pénètre dans cette salle de spectacle. Et puis je suis rentrée chez moi, enfin chez elle. Je me suis fait à manger et j’ai repensé à tout ça, à notre conversation de ce jour-là. 
– Quel jour ? 
– Au lycée de Mulhouse il y a quelques années. 
– Alors c’était quoi le sujet de cette conversation ? 
– La liberté, les libertés. Ceux qui en parlent et qui les inventent en les théorisant, puis ceux qui les acquièrent en se battant et en mourant pour elles. Et enfin tous ceux qui vivent cette liberté, ces libertés en oubliant le prix qu’il a fallu payer pour les obtenir. 
– Dans ces rues-là ? 
– Oui dans ces rues-là entre autres. Et dans ces rues-là, sur cet itinéraire-là, cette nuit-là, j’en ai compté deux cent cinquante-trois. Et puis le lendemain et les jours suivants j’ai rajouté les cent trente du Bataclan et des rues alentour, la rue Bichat, la rue de la Fontaine au roi et les autres. Cela a porté mon total à trois cent quatre-vingt-trois à être morts pour ça. 
– Ça ? 
– La liberté.

Le policier boucla son procès-verbal et remercia la jeune femme d’être venue rendre compte de la dernière heure de son amie avant son assassinat. Elle sortit du commissariat vers treize heures.

Dehors la pluie n’avait pas cessé, petit crachin parisien. La tête dans les épaules, le regard dans les chaussures, elle s’est éloignée pour remonter vers Gambetta où elle devait aller récupérer son sac avant de reprendre son train pour Mulhouse dans l’après-midi. Chemin faisant, elle s’est vite retrouvée devant la caserne Vérines. Un hasard. Mais cette fois, elle a refusé de lever la tête, refusé de reprendre le même chemin à rebours.
Elle pensa que viendrait le moment où l’on poserait une plaque commémorative sur la façade du Bataclan. Elle pensa aussi qu’elle ne viendrait certainement pas y lever son nez pour y lire un nom qu’elle refuserait de lire, de voir, de croire.

Alors la jeune femme fila par Belleville même si l’itinéraire la rallongeait. Elle choisit les petites rues, en espérant ne pas se retrouver en face d’une autre plaque célébrant de nouveaux noms tombés pour sa liberté. Pour sa liberté de se promener dans ces rues. Pour sa liberté d’être libre sans s’en rendre compte. Celle de penser, de parler, de critiquer, de boire, d’aimer qui elle a envie d’aimer, celle d’avoir un enfant ou de refuser d’en avoir, celle de voter, celle de manifester, celle de voyager librement, celle d’être elle-même.

Et puis au coin d’un trottoir, quelque chose l’arrêta. Sous le bitume usé, entre deux pavés, dans le coin d’un caniveau, elle aperçut la tache jaune d’une fleur et la tache verte de quelques brins d’herbe. Elle se dit que décidément la nature était la plus forte et qu’elle reprenait toujours ses droits, mais qu’il fallait un sacré engrais pour faire toujours repousser ces plantes.

Et elle s’éloigna dans ces rues-là.

samedi 9 janvier 2016

Nouvelle anonyme N°13... Mirage Hôtel








« … quise vengar el ultraje,
lleno de ira y coraje
sin compasión los maté! »
Carlos Gardel, Noches de los Reyes.





Un homme qui danse oublie tout, disait toujours ma mère, le sale temps et la laideur du dehors. Pourtant ce vendredi-là, je n’avais pas le cœur à m’approcher de toutes ces filles aux culs excentriques et aux mollets bien dessinés. Le froid de la rue s’obstinait à me coller aux os. Dans la maison de tango surchauffée, je grelottais malgré le bal chaleureux et les nombreux couples enlacés. Et le bandonéon n’y pouvait rien.
Il fallait que je m’assoie, j’avais la tête qui tournait.
Sur le chemin, j’avais voulu retirer un peu d’argent. Ma carte bleue avait été avalée par le distributeur. Plus de chéquier depuis longtemps. Mon compte était à sec. J’avais dû prétexter l’oubli de mon portefeuille pour qu’on me fasse crédit à l’entrée. La patronne qui tenait la caisse, une vioque trop maquillée qui se la jouait jeune avec son décolleté profond comme un ravin de haute montagne, m’a accordé cette faveur d’un air pincé : Pour cette fois, ça passe, elle a soupiré. Elle me fixait de ses yeux glauques menacés par la cataracte. Mais tu sais, Roberto, pour nous aussi les temps sont durs.
Je ne suis que Robert en vrai. Robert, Henry, Charles Lebœuf, né au Havre un jour de pluie comme un autre, mais j’aime me faire appeler par ce prénom très tango. Une voyelle en plus qui vaut tout l’or du monde. Un O oméga, un O clairon, un O qui fait vibrer les filles sur leurs talons pointus et donne à ma danse un air authentique et profond.
J’ai toutefois des origines floues… je suis le fils d’un marin qui ne m’a jamais donné son nom, vite apparu, vite disparu, et d’une femme de ménage espagnole, finalement mariée à un garde-barrière. Ce cher monsieur Lebœuf. Deux grammes d’alcool dans le sang les bons jours, la main leste, le coup de latte facile. Le marin ? Il était soi-disant Argentin ou peut-être Uruguayen. Il paraît qu’il m’a légué son sourire et le sens du rythme. Il avait la danse dans la peau, elle disait, ma mère. C’est elle qui m’a tout appris du tango quand j’étais môme. En souvenir de ton père, elle disait. Elle n’était pas du genre à se laisser bouffer par les aléas du quotidien. Peut-être que son marin, elle se l’était même inventé pour qu’on puisse rêver, elle et moi, par-delà les frontières de monsieur Lebœuf… Mais peu importe finalement. Roberto, ça le fait pour le tango. Chacun sa légende. La mienne me va et elle m’est plus que nécessaire.
Quand je suis arrivé ce soir-là d’hiver sombre à la Milonga del Angel, le bal était déjà plein. Les chaises placées tout autour étaient prises par les moins bonnes danseuses et surtout les plus moches. Le tango, c’est le combat des femelles avec le mâle. Elles attendaient qu’on les invite en nous montrant leurs cuisses, toutes ces débutantes mal fagotées, les grosses et les trop maigres. Quelques cours, une baise vite expédiée, c’était ma plus fidèle clientèle. Mais, ce soir-là, transi de froid, épuisé par la vie dure, j’avais les jambes en coton, je n’étais même pas la moitié de moi-même.
J’ai fini par trouver un coin où m’asseoir, dans un carré d’ombre, près du chauffage électrique. Les autres dansaient. La musique les enivrait. Je remuais tout un tas de questions. La galère gagnait du terrain. C’est jamais bon, ça, les questions matérielles, quand on s’appelle plus ou moins Roberto et qu’on vient danser le tango à la Milonga del Angel. La tête dans les mains, je cherchais comment m’en sortir, mais de solution, je n’en voyais pas et l’horizon se rapprochait à m’en faire éclater les synapses.
Un mouvement imperceptible dans l’air. Une parcelle de parfum sucré. Ce quelque chose m’a fait me redresser. J’ai relevé la tête et elle était là.
Elle se tenait debout, bien éclairée par la lumière de l’entrée qui tombait en douche sur ses épaules dénudées. Une apparition. Cheveux roux en flammes, peau blanche et laiteuse comme un jour de brume océanique. Tous les danseurs de la région se connaissaient, mais elle, elle m’était inconnue. De loin, elle m’a lancé un regard explicite et je n’en revenais pas qu’une femme aussi belle daigne poser ses yeux sur moi.
Je me suis félicité de n’avoir encore fait danser personne et j’ai répondu à son regard appuyé par un regard interrogateur, main gauche ouverte, paume vers le haut ; une invitation à rejoindre le bal. Elle a acquiescé d’un léger hochement de tête. Je me suis levé, mes jambes ne tremblaient plus. J’ai avancé vers elle en glissant, déjà tango.

*

Il était plutôt grand et large de carrure. La peau très mate. Aussi, je n’ai pas été surprise lorsqu’à la fin de la première danse, il m’a annoncé son prénom :
— Roberto, il a dit dans un souffle.
— Rita, j’ai répondu, non moins troublée.
On dansait avec une telle facilité, pour deux inconnus. Il guidait mes pas avec précision et fluidité, je comprenais ce qu’il voulait de moi. Le déséquilibre s’équilibrait. Sa peau sentait bon, le caramel, il me semble et son haleine légère m’a fait plusieurs fois frissonner. Je m’abandonnais avec délice. On aurait dit qu’il créait la musique, qu’il l’inventait. Lorsque je fermais les yeux, je parvenais à visualiser ses pas, des figures géométriques complexes, mais si clairement dessinées qu’il me suffisait de les lire pour entrer avec lui dans la danse, ouverte comme un monde devant mes paupières closes.
Il a lâché ma main sur la cortina et nos corps ont pris une distance raisonnable, face à face. Il ne souriait pas. Ses yeux noirs brillaient. J’ai cru qu’il allait profiter de ces quelques minutes de pause pour bavarder, faire plus ample connaissance, mais il m’a brusquement tourné le dos et il a disparu dans la foule tout à coup désordonnée et bavarde.
Malgré la chaleur ambiante, je grelottais. Je suis retournée m’asseoir près du chauffage, à la place qu’il occupait d’abord. Quelqu’un est venu m’inviter, j’ai refusé la danse. Je me suis éclipsée dès que j’ai compris que ce soir-là, il ne reviendrait pas.
Je l’ai cherché dans tous les bals de la région.
Rien n’était plus comme avant. Ma vie me paraissait insipide, stupide, tout m’irritait. Dans les bals, je tournoyais avec des partenaires sans visage dont les corps alanguis me rendaient nostalgique. Je détestais l’idée de ne pas le revoir. J’aimais aussi ne pas l’avoir vu. Je m’embrouillais, je perdais le fil.
Lui aussi, il me cherchait, il me l’a avoué plus tard.
Souvent, je demandais si on connaissait un certain Roberto et chaque fois, c’était la même réponse : l’Argentin ? Tiens, ça fait un moment qu’on ne le voit plus.
Enfin, j’ai su par la caissière à l’accueil qu’un samedi soir où j’avais préféré La Pituca, il était revenu à La Milonga del Angel.
— Mais il n’est pas resté longtemps, elle a ajouté.
À partir de là, je n’ai plus fréquenté que ce bal, où nous nous étions vus pour la première fois.

Il est venu vers moi, toujours sans sourire, tellement tango, et il m’a enlacée. Enfin. Je l’avais retrouvé. Pour calmer les battements de mon cœur, je me suis concentrée sur les trois temps du tango vals et peau contre peau, bras, main, cou, torse, pieds, hanches, la musique nous a roulés et enroulés dans ses méandres serrés. Trois ou quatre tangos se succédaient, puis, venait la cortina une pause de quelques minutes au cours de laquelle on pouvait entendre divers extraits, des standards de jazz sirupeux, du rock ou une vieille chanson pop. Mais cette fois, on restait tout le temps enlacés, on se humait, on se reniflait, il palpait mes cheveux et je sentais dans son cou la petite odeur de caramel que j’avais perçue dès la toute première danse. On ne disait rien, je n’aurais pas pu prononcer un seul mot sans bégayer et puis ça reprenait et nous, on ne se lâchait plus, ancrés ensemble dans le sol. Le bandonéon complice, le violon qui pleurait et le piano qui tapait comme nos cœurs. Nous étions les planètes et l’infini des saisons.

Le soir même, je lui ai proposé de m’accompagner au bord de la mer. Il a paru surpris. J’ai insisté. Il n’a pas résisté. On a pris l’avion du soir. Depuis le taxi qui nous amenait à l’aéroport, j’ai réservé une suite au Mirage Hôtel.

Je me souviens de ce chemin au bord de la voie ferrée. Il faisait chaud, très chaud et très noir cette nuit-là. L’herbe jaunie est apparue dans la lumière des phares de la voiture. Un train de marchandises est passé, bruyant et féroce comme un animal aveugle. Ça claquait, ça vibrait, ça grondait et l’air était saturé de cette ferraille.

*

Au Mirage Hôtel, la terrasse de notre suite donnait sur la mer. Elle me disait souvent, Roberto, l’argent, ce n’est pas un problème, j’ai hérité. Il m’a tout laissé, mon pauvre papa. Tout.

*
On passait nos journées à faire l’amour. Le soir, les couples et les familles remontaient dans leurs chambres, nous, on descendait dîner. Le jardin était encore empreint des conversations, des éclats de rire et des cris des enfants. Lorsqu’on arrivait pour le dernier service, l’écho de toutes ces voix mêlées s’effaçait peu à peu, dans la nonchalance des tables blanches rendues à la nuit.
Les serveurs fatigués glissaient vers nous. L’air ne se rafraîchissait pas. Nos gestes restaient lents. On ne se connaissait pas bien, mais on se parlait peu. C’était peut-être à cause de la chaleur. Je savais seulement qu’il était Argentin. Qu’il était né près de Mar de Plata et qu’il avait été élevé par sa mère. Il vivait ici depuis longtemps. Il me plaisait beaucoup, je ne regrettais pas ma folle invitation.
J’ai toujours beaucoup aimé les hommes, tous, surtout les bruns aux cheveux bouclés et aux muscles saillants, surtout ceux qui ont l’air sauvage et indompté. Depuis mon héritage, les conquérir est ma seule passion, ma seule occupation et je m’y adonne avec ferveur. Je n’ai plus besoin de travailler, je peux passer du temps à les séduire et je ne m’en prive pas.
Mais avec Roberto, c’était spécial.
Spécial et pas ordinaire.
Il avait ce quelque chose en plus qui fait que l’on se croit arrivé à l’endroit que l’on cherchait. Je ne savais pourtant pas moi-même qu’avant lui, j’avais été en quête de quelque chose, de quelque part, de quelqu’un. Je me voyais plutôt en joyeuse croqueuse d’hommes. Mais pour la première fois de mon existence, je me sentais complète, complétée, entière et entièrement vivante. J’allais tout faire pour ne pas le perdre et quoiqu’il advienne, je ne lâcherai pas le morceau.

J’étais folle de sa peau à l’odeur de caramel. J’étais dingue de son torse musclé, de ses cuisses de boxeur, de sa bouche épaisse qui me dévorait et m’enfiévrait.

Il connaissait par cœur des dizaines de chansons du répertoire – Nostalgias, A Media Luz, Las nieves del Riachuelo…- qu’il chantait dans un espagnol impeccable.
La nuit, lorsque l’hôtel s’assoupissait, on reprenait notre danse dans la salle à manger, sans musique, portes-fenêtres ouvertes sur le jardin à peine éclairé. Ensemble, accordés, fluides et précis. Parfois, il chantait, mais la plupart du temps, le silence nous allait. On avait le tango en nous et le tango, c’est bien la seule vérité qui tienne.

Et ce train, qui passait et écrasait, sans arrêt, sans arrêt. L’herbe jaune est apparue, sèche, le souffle du train qui poussait au cri, la nuit, le train, la nuit.

*

On a fini par les inquiéter. On les avait pourtant prévenus dès notre arrivée qu’on resterait longtemps. Ils avaient dit, pas de problème, vous nous direz lorsque vous souhaiterez quitter la chambre. La veille, s’il vous plaît. Si cela ne vous dérange pas. Pas du tout, pas du tout. Vous pouvez compter sur nous, nous vous le dirons le plus tôt possible.
Ça paraissait simple.
Et pourtant, ils commençaient à se poser des questions.
Le jour où on a décidé d’aller voir la mer de plus près - Rita avait loué une belle bagnole à l’aéroport -, au moment où on leur a laissé la clé de la chambre, accrochée à sa grosse boule de bakélite noire, ils se sont lancés sur nous et, avec toutes les circonvolutions équivalentes au nombre d’étoiles du Mirage, ils nous ont demandé de bien vouloir régler notre note. Car vous comprenez, vu la longueur de votre séjour, nous sommes hélas obligés de.
Avec la même politesse souriante et décontractée, nous avons répondu que, bien sûr, il n’y avait pas de problème.
La note, moi, je ne pouvais pas l’honorer. C’est Rita qui a déplié la feuille de papier craquante. Sans attendre, sans qu’aucun des muscles de son visage ne se contracte, elle a payé par carte. La somme était exorbitante. Elle a ajouté un sourire détaché lorsque le directeur de l’hôtel l’a remerciée.
Avec Rita la Rousse, j’avais enfin trouvé un moyen de me refaire. J’étais redevenu moi-même, un loup aux crocs acérés.

*
Quand on ne dansait pas, on s’allongeait dans notre chambre face à la mer, bras mêlés, nus, détendus. On écoutait le clapotis de l’eau, il me racontait le tango. Une nuit, il m’a demandé si je savais qu’à l’origine seuls les hommes le dansaient. C’était plus un combat qu’une danse, il disait. Un face-à-face dangereux, couteau à la main.

Ce train de fer qui grinçait sur les rails, l’acier crissait, le bruit était inconcevable, il entrait dans les oreilles, dans le corps, le train qui roulait dans les veines.
*
Une après-midi caniculaire, il m’a laissée seule à l’hôtel. Il est parti avec la voiture de location jusqu’à la ville la plus proche d’où il est revenu les bras chargés de paquets. Des chaussures de danse en velours rouge, des dessous de soie fine, des bas couture de chez Cervin, une robe fourreau en soie noire avec des gants assortis, longs jusqu’au coude. Il m’avait annoncé dès le début de notre relation qu’il était fauché, ça m’avait plu. Avec les hommes, je préférais dominer la question de l’argent. Du bout des lèvres, je lui ai demandé comment il avait pu dépenser autant, il m’a rassurée : une arrivée soudaine et inattendue, une vieille tante qui lui envoyait des sortes d’étrennes. Profite, ma chérie, profite, il a ajouté avec un geste large.
J’oublie de dire qu’il avait une pointe d’accent et que ça le rendait irrésistible.
Roberto m’a lui-même habillée, maquillée et préparée pour notre grand bal du soir. Avec beaucoup de sérieux et de concentration.
Tu verras, il disait, comme on va bien danser ce soir, ma Rita. Ses yeux noirs brillaient. Il a coiffé mes boucles rousses, il m’a fait les yeux avec juste ce qu’il fallait de fard, d’eye-liner et de Ricil et il m’a dessiné une bouche carmin. Je ne m’étais jamais vue aussi belle.

*
Le jour où elle avait payé la note de l’hôtel, j’avais lu le code de sa carte et je l’avais mémorisé. C’est facile ça, c’est à la portée de tout le monde. Je n’aurais jamais plus à me farcir ces débutantes qui ne payaient pas assez les cours et le reste. Rita, j’allais tout lui piquer. Elle était belle et bonne amante, la môme, mais les femmes trop amoureuses, à force, ça prend la tête.

J’ai pris la carte dans son sac pendant qu’elle dormait. J’ai retiré au max. J’avais aussi son chéquier, avec ses coordonnées bancaires pour le virement final. Mais d’abord, il me fallait lui rendre hommage.

*

Après m’avoir préparée, il m’a bandé les yeux avec son foulard et m’a aidée à me déplacer à travers les couloirs de l’hôtel. Ne t’inquiète pas, il chuchotait, tout le monde dort, il n’y a personne à cette heure-ci. On pouffait de rire comme deux gamins. Et puis, quand il s’est mis à chantonner cet air triste qui lui venait souvent aux lèvres, je l’ai senti devenir plus sérieux et ma gorge s’est serrée.

J’avançais à tâtons. Roberto me tenait par le bras. Je n’en menais pas large. J’ai reconnu le sol granuleux du fond du jardin. Je savais qu’à cet endroit un promontoire dominait la mer. Il s’est mis à chanter plus fort. Il couvrait le bruit des vagues. J’étais contractée et nerveuse. Je frissonnais contre lui. Je lui ai demandé de chanter autre chose et d’ôter le bandeau. Impossible, il a dit. Ce soir, c’est Noche de los Reyes. La Nuit des rois. Alors il n’y a qu’une seule chanson possible et c’est celle-là.
La nuit des rois ? On était pourtant en plein été. Je ne comprenais rien, il m’a serrée plus fort et je me suis tue. On a continué de danser. Les narines dilatées, j’essayais de retrouver son odeur de caramel si rassurante mais un parfum capiteux dont il s’était abondamment aspergé la masquait. J’étais lourde, empruntée, j’avais perdu tout naturel. Je sentais mes mains gonfler dans ces longs gants noirs jusqu’aux coudes, mal adaptés à la saison. J’avais trop chaud dans mes bas, les lanières des chaussures étaient serrées et le tissu de ma robe ne cessait de s’entortiller autour de mes hanches.

— Je n’y arrive pas comme ça, j’ai insisté, laisse-moi voir, d’accord ?

— Impossible, il a repris. C’est la Noche de Reyes. Danse mujer !

On a repris notre tango, mais il avait beau improviser des figures faciles, je ne parvenais pas à suivre. Il essayait de retourner aux bases et à ma grande honte, au lieu de glisser, mes talons butaient sur le béton plein d’aspérités du promontoire. Mes épaules étaient contractées. Ma main droite s’agrippait à sa main gauche.
Arrête de me serrer les doigts comme ça. Pense à ce que tu fais. Plus il s’énervait et moins je parvenais à retrouver la souplesse et la fluidité habituelles. J’étais fatiguée, au bord des larmes, j’aurais voulu qu’on en finisse.
Écoute, il a dit, on va essayer autre chose. Il faut qu’on revienne aux origines, il a ajouté avec un drôle de rire.

J’ai senti dans mon dos le froid d’un objet en métal. Roberto, c’est quoi, ça ? Un couteau, ma belle, il a répondu, un couteau pour retrouver les racines de la danse. À quoi il joue ? Je me suis demandée, effrayée.
Je ne sentais plus rien que cette lame contre ma peau, froide, dure, menaçante. Peu m’importaient le bandeau sur les yeux, l’inconfort de ma robe, de mes bas, de mes talons, il fallait que je danse.
Et j’ai dansé, dansé, dansé. Je crois qu’aucun tango jamais ne fut plus grandiose et plus désespéré.

*
Ce con de Lebœuf, il n’aimait pas que ma mère aille danser. Pourtant, c’était dans ces moments-là qu’elle était la plus belle, maman. Une nuit d’hiver, on venait juste de tirer les rois avec les amis danseurs de ma mère, sur la table il y avait encore des restes de gâteau et des bouteilles de mousseux bien entamées… Maman portait la couronne dorée. Elle était plus jolie que la Madone. Lebœuf est arrivé. D’habitude, il restait devant la télé à se biturer. Dolorès, il faut que tu rentres, il gueulait, j’ai besoin de toi. Il l’a tirée par le bras. Je les ai suivis. Maman pleurait. Sur la route, il conduisait n’importe comment. On le suppliait de ralentir. Il s’en foutait. Dans un virage en épingle à cheveux, il est allé tout droit et sa bagnole est tombée dans le ravin. J’avais douze ans. Je suis le seul rescapé de cette nuit des rois.

*

Roberto a chanté le refrain de sa chanson, encore une fois, une dernière fois et il m’a appelée mon amour, doucement, en chuchotant. Il me tartinait le dos de son couteau. Allez, tu vas les détendre un peu, tes omoplates ? Il riait, fiévreux et comme fou. Tu le sens, dis, mon tango ?
Je n’en pouvais plus. J’ai retiré le bandeau d’un geste brusque. Dans le miroir de ses yeux noirs, je me suis vue, épouvantée.
J’ai été prise d’une rage dont je ne me serais jamais crue capable et j’ai hurlé du plus profond de mon être, d’un cri primal, inaugural, magistral qui lui a fait lâcher son arme.
Je me suis baissée pour la ramasser, les yeux plongés dans les siens. Il me regardait, paralysé. La mer grondait fort.

    — C’était pour jouer, il a laissé tomber, minable.


*


Mon père, qui a fait fortune dans la boucherie industrielle, m’a initiée très tôt à l’art de la découpe. Avec ma rage méticuleuse, Roberto, je l’ai tranché en grosses parts, comme je l’avais appris. Mes bras étaient rouges de sang. Jusqu’aux coudes. Dans ma main, la sienne paraissait plus blanche.
Je suis retournée dans notre chambre chercher quelque chose dans quoi le mettre. J’ai traversé tout l’hôtel en courant. Il n’y avait personne. Dehors, le veilleur de nuit fumait sa clope, dos à l’entrée.

J’ai fait tenir Roberto dans la valise à roulettes, celle que vous avez retrouvée près de la voie ferrée. Il y était rangé avec soin, en pièces bien distinctes, comme les ustensiles à manucure dans leur étui de cuir ou les outils d’un bricoleur maniaque.

Je sais bien qu’il manque un ou deux petits bouts à la dépouille morcelée.

J’ai transporté la valise à roulettes jusqu’à la voiture. Je savais exactement comment faire. On aurait dit que Roberto guidait mes pas et impulsait chacun de mes gestes.

Arrivée près de la voir ferrée, j’ai sorti la valise du coffre. La nuit était épaisse et sans étoile. L’herbe rêche des bas côtés griffait mes genoux.

J’ai ouvert la valise.
Tous les morceaux étaient là, bien en ordre et la tête de Roberto, yeux clos, me regardait faire avec calme et douceur.
J’ai ramassé des brindilles, arraché quelques branches aux oliviers et aux tamaris qui bordaient le chemin. J’ai retrouvé dans ma poche – j’avais dû l’y mettre tout à l’heure en découpant Roberto – le Dupont en or que je lui avais offert le soir de notre arrivée. On l’avait choisi ensemble dans la vitrine du Mirage hôtel le soir de notre arrivée et tout cela me semblait si loin maintenant alors que le feu se mettait à prendre, au bord de la voie ferrée, qu’il craquait et crépitait et crachait des flammes et des étincelles dans la nuit noire de l’été.
J’ai pris la tête de Roberto dans mes mains. J’ai soigneusement découpé une oreille. Il les avait assez grandes avec des lobes très longs. Je l’ai mise sur un bâton, comme une sucette. J’ai fait griller. Je voulais tout brûler et qu’il ne reste rien mais, par curiosité sans doute, j’ai croqué.
Un tout petit morceau d’abord. C’était bon. Entre veau et porc, avec un goût de caramel bien sûr et aussi de banane mûre. J’ai mâché longtemps. J’ai mâché et remâché entre mes dents. C’était tellement délicieux que je me suis aussitôt préparé la seconde oreille. Puis, j’ai fait cuire le cœur, un peu de cuisse en coupant net dans le muscle bien dessiné et une tranche de poitrine, tendre comme une entrecôte. J’aurais mangé davantage, j’en avais vraiment envie, mais la viande humaine est plus nourrissante qu’aucune autre.

J’ai refermé la valise, j’ai cherché un endroit où la cacher en attendant de reprendre un peu d’appétit. Le train est passé dans un cri de fer et d’acier, je riais, le train passait, je n’avais jamais goûté chair plus délicate, la ferraille tressautait sur les rails et je riais.
Je riais et je pleurais aussi, car je me souvenais de ce qu’il disait toujours Roberto, qu’il n’y a pas de limite à la fusion des corps.

lundi 4 janvier 2016

Nouvelle anonyme N°12 ... Camping Sauvage


Le périph crachait ses fumées noires et la poterne des Peupliers avait un vieil air de syndrome dépressif. Le commandant Palmieri releva le col de sa veste. On était loin de l’été indien. Septembre touchait à sa fin et il faisait frisquet. Il scruta le ciel, tentant d’y voir la main de Dieu écarter les nuages, en vain. Une preuve supplémentaire de la vaste fumisterie qui plombait le cerveau de ceux qui s’y étaient laissés prendre.
Il s’approcha de l’ouverture de la tente. La femme gisait, partiellement dévêtue, les jambes écartées, le visage couvert d’hématomes. En outre, elle avait le torse tailladé par plusieurs coups de couteau. L’arme avait été retrouvée aux abords de la tente, couverte de sang. Un peu plus loin, un homme attendait, assis sur un tronc d’arbre, une couverture sur les épaules. Un policier lui apporta une tasse de café. Il releva la tête, le remercia et prit la tasse, les mains tremblantes. Palmieri se dirigea vers lui.
– Je peux m’asseoir ?
Max le regarda et désigna de la tête le tronc d’arbre. Palmieri s’assit à ses côtés.
    – C’était votre compagne ?
    – Oui.
    – Si je vous présente mes condoléances, vous n’en aurez rien à battre, c’est ça ? lui demanda-t-il en regardant au loin.
    – Y a un peu de ça, ouais.
    – Il va falloir m’aider, monsieur, si je veux trouver celui qui lui a fait ça.
Max posa la tasse de café sur le sol et se tourna vers lui. Il avait les yeux rouges et les commissures de ses lèvres s’affaissaient. Il secoua la tête.
– C’est Pierrot qui a fait ça.
– Qui est Pierrot ?
– L’enfoiré qui se prétend mon pote.
– Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
Palmieri fit signe au flic en faction de lui apporter une tasse de café.
– Il la voulait pour lui. (Il soupira) Hier soir, j’étais en banlieue nord. Il y avait une fête catho, un truc où on peut se faire plein de blé. Pierrot savait que j’y étais et que je serais suffisamment saoul pour ne pas rentrer. J’avais prévenu Sacha que je dormirai sur place. Je ne pensais pas que ça serait dangereux pour elle de rester seule. Je m’en veux. Mais qu’est-ce que je suis con (Il se tapa le front du plat de la main), mais qu’est-ce que je suis con !
Palmieri finit son café en silence. Drame de la jalousie ? C’était l’un des mobiles les plus fréquents. Mais une femme seule sous une tente en pleine nuit et en plein Paris n’était pas non plus à l’abri d’une agression.
– On peut le trouver où, ce Pierrot ?
– D’après ce qu’on m’a dit, il crèche depuis quelques jours sous les arcades de l’avenue Daumesnil.
Il pencha la tête vers le sol, renifla, et sanglota. Palmieri posa doucement la main sur son bras et se releva.

*
* *

Max et Pierrot étaient potes depuis trente ans. Trente ans de galère à arpenter les trottoirs parisiens. Inséparables. Soudés. Unis comme une paire de couilles au fond d’un vieux caleçon. Ils vivaient sous une tente et changeaient souvent d’emplacements pour éviter les flics. Certains leur foutaient la paix ; d’autres étaient moins cool, plus enclins à leur chercher des embrouilles qu’à leur venir en aide. De l’aide, ils n’en demandaient à personne. Sur le bitume parisien, ils retournaient leur casquette, et donnait qui voulait.
– Tu peux m’aider ?
Max était posté à la sortie du métro Odéon. Le printemps venait d’arriver et il flottait dans l’air quelque chose de fleuri qui l’emportait sur les pots d’échappement. La femme en guenilles qui lui demandait de l’aide dégageait une odeur d’urine. De surcroît, elle semblait avoir séjourné sur le versant nord d’un terril du Pas de Calais tant une poussière noire maculait son visage.
– Mais ma pauvre chérie, qu’est-ce que tu fais dans cet état ?
– Quel état ?
– Ben... fut la seule réponse qu’il trouva en la scannant des pieds à la tête.
– Tu t’es regardé, toi ?
Non, il évitait de se regarder. Comme elle lorgnait sur la bouteille de vin qu’il tenait à la main, il la lui tendit.
– Comment tu t’appelles ?
– Sacha.
Elle porta la bouteille à ses lèvres, et fit descendre la piquette dans son gosier plus vite qu’il ne l’aurait fallu. Du vin dégoulina sur son menton.
– Tu sais quoi, cocotte ? (Il lui reprit la bouteille, et y enfonça un bouchon du plat de la main) Tu veux que je t’aide ? On va commencer par le commencement. Tu es trop crade. Une bonne hygiène de vie, et c’est comme ça qu’on survit. Je t’emmène aux bains douches de la rue du Renard. Et puis ça ne me fera pas de mal à moi non plus, dit-il avec un clin d’œil.

Et petit à petit, Max aima Sacha.
Elle avait quarante ans ; une jeunesse, une princesse. Il voulut la séduire, mais elle résista ; elle prétendait que la prochaine fois qu’elle donnerait son corps, ce serait à la science, pas à un vieux clodo comme lui. C’était sans compter la détermination de Max et son indécrottable optimisme. Il l’emmena par une fin d’après-midi ensoleillée sur les quais de la Seine, une fleur sauvage à la boutonnière. Il prit son courage à deux mains, en mit une sur ses reins, l’autre sous son menton, et l’embrassa. Heureux d’avoir retrouvé ses gestes d’amoureux qu’il croyait réduits à une peau de chagrin, il soupira et regarda la Seine, les voitures qui passaient sur le pont, les gens qui déambulaient. Il chercha vainement un nuage dans le ciel, entendit la rumeur de la ville secouer ses humeurs printanières. Et pour la première fois de sa vie depuis longtemps, il se sentit Homme.

Trois années qu’il était son mec, trois années de tendresse et de cabrioles. Jamais il n’aurait pensé pouvoir revivre ça. Alors, même si le regard de Sacha se perdait parfois dans les vapeurs d’alcool, si sa peau reflétait les stigmates de son désarroi, si certains soirs trop alcoolisés elle regardait Max en l’appelant Philippe, il l’aimait et lui rendait la grâce qu’elle était en droit d’attendre.

La plupart de ses potes d’infortune l’envièrent. Eux n’avaient pas de Sacha dans leur vie. Tout au plus une Monique qui acceptait de temps en temps de leur faire une gâterie. Pierrot observait cette relation avec circonspection. Puis le temps passant, il devint envieux, jaloux. De Peau d’âne, Sacha était devenue un joli cygne, en haillons certes, mais qui s’épanouissait sous les caresses de Max. Pierrot se procura une nouvelle tente, laissant le couple à ses ébats. Chaque nuit, seul dans son abri, il écoutait le bonheur de son ami décupler les décibels de sa dulcinée.

Et petit à petit, Pierrot aima Sacha.
Dans son cœur silencieux. Dans ses tripes torturées.
– Tu ne l’aimes pas autant qu’elle le mérite.
– Qu’est-ce que tu dis ?
Max fronça les sourcils, incrédule.
– Elle mérite quelqu’un comme moi. Je n’ai pas ta tchatche, mais j’ai des sentiments purs. Je suis prêt à tout pour elle, à la sortir de la rue, lui donner un toit…
– Arrête, l’interrompit Max en posant une main ferme sur le bras de son ami.
– Ne me touche pas !
Max, surpris, regarda Pierrot qui s’était redressé. Il ne sut comment réagir quand il se jeta sur lui et le roua de coups. Il laissa les marteaux douloureux s’abattre, attendit que la fureur s’éteigne, que Pierrot ramasse ses affaires et parte.


Il ouvre la tente en titubant. Il est saoul. Elle dort. Il la réveille en la giflant., lui écarte les jambes sans ménagement. Son haleine est lourde des vapeurs d’alcool. Il la pénètre. Ses yeux brillent. La haine se mêle au désir macabre.

– Et vous croyez que c’est moi qui aie fait ça ? C’était la femme de mon pote, comment j’aurais pu faire un truc pareil ?
Même si Pierrot niait toute implication, son étonnement était fébrile. Il cligna des yeux à plusieurs reprises.
– Où étiez-vous hier soir, entre vingt-trois heures et deux heures du matin ?
– En boîte. Je dansais la bourrée !
Il éclata de rire.
– Cessez ces plaisanteries et répondez à mes questions.
– Comme d’hab, j’étais à la sortie du métro, gare de Lyon, pour avoir une petite pièce.
– Si tard ?
– Y’a pas d’heure pour les braves.
– Quelqu’un qui pourrait se souvenir de vous ? Témoigner ?
– Je sais pas. Et puis ça m’est égal. Foutez-moi la paix, lâcha Pierrot en tournant les talons.

De retour quai des Orfèvres, Palmieri fit venir le capitaine Paugam dans son bureau.
– Trouve-moi le passé de Pierre Le Dantec, né le (Il souleva sa fiche) cinq avril 1958. Et celui de Maxime Gélin. Mais bon. Je n’y crois pas trop. Vois aussi ce que tu peux trouver sur un éventuel petit ami qu’elle aurait eu dans le passé.

Une heure plus tard, Paugam revenait avec ses notes.
    – Pierre Le Dantec, né à Rennes. Tombe à seize ans dans la délinquance. Quelques mois de prison pour des faits mineurs. Le roi de la castagne. Rien d’autre.
    – Gélin ?
    – À peu près le même parcours, sauf qu’il est issu d’une famille bourgeoise de Dijon. Il monte à Paris en août 75. Il vit alors en squat et consomme toutes sortes de drogues, ce qui lui vaut d’être arrêté à plusieurs reprises. Il est connu par la suite pour ses passages réitérés en cellule de dégrisement.
    – Quoi d’autre ?
    – C’est là que ça devient intéressant. (Il toussa dans son poing) Philippe Malherbe. Lui et la victime ont été mariés il y a quinze ans. Trois jours après la noce, elle s’enfuyait sans dire pour qui ni pour quoi. Il a été arrêté en 92 pour avoir émasculé un homme qu’il supposait être à l’origine de la fuite de sa femme. Il est sorti de prison il y a trois ans.

Elle pleure. Il la frappe. Plusieurs fois. Plusieurs gifles. Puis les coups de poing. Elle gémit. Elle ferme les yeux et s’évanouit sous les coups. Elle ne lui sert plus à rien, désormais. Il déteste, il exècre, il vomit les femmes comme elle.

    – Monsieur Malherbe, quand avez-vous vu votre femme pour la dernière fois ?
    – Je vous l’ai dit ; je ne l’ai pas revu depuis qu’elle a quitté l’appartement.
    – À votre sortie de prison, vous n’avez pas cherché à la revoir ?
Palmieri alluma une cigarette. L’homme regarda le plancher. Son pied tressautait spasmodiquement. Dans le bureau de la PJ, l’odeur du café se mêlait à celle du tabac. Philippe Malherbe releva la tête et étreignit ses mains.
– Si. Je l’ai retrouvé il y a six mois. J’ai vu qu’elle était à la rue.
– Vous avez donc vu également qu’elle était en couple, n’est-ce pas ? (L’homme acquiesça) Ça ne vous a pas rendu jaloux ?
Il fit craquer ses doigts. Son visage blêmit.
– Je la hais. Je les hais tous !
– C’est qui, tous ?
– Elle. Les mecs qui la sautent. Tous ces enfoirés qui me l’ont piquée ! Et puis, (une moue de dégoût se figea sur son visage) cette vie qu’elle mène, à dormir dans la rue avec les rats, dans les poubelles. Elle n’a eu que ce qu’elle méritait. Dommage que son mec n’ait pas été là, ça en aurait fait deux de moins d’un coup.
– Vous étiez où, cette nuit-là ?
Malherbe cligna des yeux à plusieurs reprises, comme si un vent violent balayait son visage. À cet instant, le capitaine Paugam entra dans le bureau.
– Chef, on a du nouveau. 
Voyant l’homme, il prit Palmieri par le bras et l’entraîna dans le couloir.
– Une main courante a été déposée il y a cinq jours par un SDF qui dit avoir été violé par deux hommes.
Palmieri pencha la tête de côté et souleva un sourcil.
– Continue.
– Il les a décrits avec précision et on les a retrouvés le lendemain boulevard de la Chapelle, cachés entre deux cartons, en train de sodomiser un vieil homme. On ne les a pas arrêtés, parce que le vieux clochard a refusé de porter plainte ; il a prétendu être consentant.
– On sait qui ils sont ?
– Vingt-cinq ans à peine. Des noms à particule. Le genre qui va à l’église le matin, qui casse du pédé à l’apéro, et qui viole du clodo à minuit. Et quand ils sont désœuvrés, ils manifestent contre le mariage gay et la masturbation. Pas de la haute bourgeoisie, mais pas loin. De celle qui a exploité le peuple au dix-neuvième siècle, après s’être acheté un nom avec la sueur des ouvriers, et qui…
– Stop (Palmieri leva la main). Prends deux flics avec toi et ramène-les moi.


L’autre homme entre à son tour dans la tente, les pupilles dilatées par la coke. Il veut sa part. Il se soulage sur elle. Il va lui apprendre ce que c’est que la vie, à cette salope. Elle n’avait qu’à bosser au lieu de vivre aux crochets des autres. Salope. Ils lui crachent et lui pissent dessus. Et sortent. Là, parmi les gamelles de Max, ils trouvent un couteau. Il faut nettoyer Paris de sa merde, dit l’un d’eux. Il retourne dans la tente.


Ils nieront leur crime, même si tout les accable, des empreintes sur le couteau jusqu’au sperme prélevé sur la victime. Au cours du procès qui suivra, ils n’ouvriront pas la bouche et arboreront un sourire satisfait.
Grassement payés par les familles, connus pour leurs effets de manche aussi spectaculaires qu’efficaces, leurs avocats plaideront la légitime défense, au motif que la victime aurait abusé de leur état d’ébriété pour leur soutirer de l’argent en échange de pratiques sexuelles, sous la menace du couteau. Ils seront condamnés à un an de prison avec sursis, mise à l’épreuve de deux ans, et obligation de soins au regard de leur consommation de produits stupéfiants.

Le lendemain, le corps de Max sera retrouvé sans vie sous le pont de Tolbiac, flottant sur les eaux glauques de la Seine.